On ne se sauve pas du chagrin


Le ciel et le sable – Tara Lennart

Chronique de Shane Zooey – Mai 2014

Tara Lennart - Le ciel et le sable Le truc infaillible pour dire que j’ai aimé c’est que j’ai eu envie de savoir la suite et vite ! Donc, ça, c’est sûr. Envie de plonger dans ces nouvelles, dans Jocelyne (l’histoire hein, pas la meuf !) et dans Le ciel et le sable… Nouvelles noires noires noires dont les hashtags pourraient être #mégots #chagrin #fantômes #souvenirs #alcool #pédé #raté #bière #province #pute #bascontrelesvarices.

Des fois on sent que Tara Lennart pourrait être tous les personnages, mec ou fille : il y a de la sincérité, du vécu qui transparaît (même si elle tient à préciser qu’elle n’a jamais testé la prostitution sur les aires d’autoroutes). Pourtant , on dirait…
Et puis, j’aime bien qu’elle écrive comme si elle était un mec. Parler de « sa bite encastrée dans une fausse blonde » ou des fantasmes de pédé d’un type largué sur l’autoroute… Elle dit qu’elle aime ça : « jouer avec les genres »… Elle s’est rendue compte « qu’on prenait le pouvoir d’une manière assez subtile comme ça ». Bien vu ! Surtout que ça rend ses nouvelles très drôles… Ce type, par exemple, venu enterrer sa grand mère au fin fond de la province, qui comprend soudain, avec Jocelyne l’auto-stoppeuse, ce que peut ressentir une fille seule dans un parking à trois heures du matin…

Et puis, il y a ces images fortes, poétiques… qui laissent des traces chez le lecteur (enfin, chez moi) comme ce « piano ruiné » abandonné dans la rue sur lequel joue un pianiste virtuose…

Deux textes noirs noirs noirs et rock’n roll. Changements brutaux, style heurté, faussement maladroit qui colle aux vies bancales, « un peu ratées » et aux moments de chagrin « dont on ne se sauve pas ». Sauf peut-être en inventant d’autres histoires qui aident à traverser la nuit… Ou en construisant des châteaux, dans le ciel et dans le sable.

Tara Lennart – Le ciel et le sable – 2014
E-FRACTIONS éditions