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Seigneur Jésus, un crayon ! – Philippe Djian

crayons« Je ne peux te décrire l’émotion que j’ai ressentie. Du papier, un crayon – Seigneur Jésus, un crayon !! -, j’ai dû m’asseoir. Je crois que mes oreilles ont bourdonné un instant. Merci. Mille fois merci. Je l’ai montré aux autres. Ils ont hoché la tête durant cinq minutes. C’est toujours un événement. C’est toujours une joie – même si ça crée des tensions entre nous, comme tu peux l’imaginer. Michel en a reçu il y a une quinzaine de jours – une rame entière, Clairefontaine, à peine jaunie – et il en est encore de bonne humeur aujourd’hui. (…) Il y avait combien de temps que je n’avais pas vu une mine de crayon ? Quelle beauté. Je ne me souvenais plus comme l’écriture brillait sur le papier, je ne me souvenais plus du bruit sur la feuille, dans le silence. Je vais lâcher ma tablette et reprendre l’écriture à la main à partir d’aujourd’hui – jusqu’à épuisement des cartouches, jusqu’au dernier morceau de papier, jusqu’au dernier bout de crayon, je te jure de profiter au maximum de l’oxygène que tu me donnes, et tu sais à quoi ça tient. Tu sais à quoi ça tient d’écrire un livre. »

Pour raconter comment il imagine les vingt-cinq années qui arrivent, Philippe Djian écrit une lettre à sa fille – Philippe Djian, écrivain résistant (Les Inrocks 830, 27/10/11) – philippedjian.com