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J’ignorais que les mots pouvaient dire le réel – Philippe Besson

Son frère

Son_frere« Le 21 août
Je ne me remets pas à l’écriture de mon deuxième roman. Voilà six mois que je n’y ai pas travaillé. Les mots du livre se sont interrompus d’eux-mêmes, quand la maladie a surgi dans nos existences. Tout à coup, cela a été impossible de continuer dans l’enchantement de l’écriture, dans le bonheur des histoires inventées. Cela m’aurait semblé une indécence. Et puis, surtout, la réalité a pris toute la place et chassé l’imaginaire. Les mots, ils ne peuvent plus servir qu’à dire cette réalité, pour tenter de l’éloigner un peu ou de la contenir. Depuis six mois, lorsque je m’assois devant le clavier, c’est de la maladie dont je souhaite parler, c’est d’elle uniquement dont je puis parler. Alors, j’ai fait ça, abandonner le roman en train de se faire, et j’écris à propos de Thomas, je raconte la vérité pour la première fois, je suis dans le réel. J’ignorais que les mots pouvaient dire le réel. »

Philippe Besson – Son frère – Janvier 2004 – Pocket.