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En désintox sur Zombieland

Le ventilo échappé de Brazil avait failli me décapiter en tombant du plafond. Rien à dire, je nageais en pleine authenticité. Z’avaient pas lésiné sur le décor. Dehors, un volet claquait sans discontinuer et des immeubles déglingués s’alignaient à perte de vue. Le vent se glissait partout et jouait négligemment avec un drapeau en lambeau. C’était lui le boss désormais. Même les oiseaux avaient changé d’État… Un soleil assassin attendait le chaland en faisant cramer de vieilles carcasses de bagnoles.
Je contemplais ma valise grande ouverte sur un immense lit. Un groom aux allures de vigile venait de la fouiller après m’avoir confisqué mon smartphone. De toute façon, y avait pas de réseau. Mais c’était pas la peine de discuter : j’avais signé pour le meilleur et pour le pire.
Sur un petit meuble sixties qui avait dû arborer des couleurs pimpantes,  un tourne-disque attendait prêt de sa pile de vinyles : Lou Reed, Bowie, Dylan, Leonard Cohen, Janis Joplin, The Rolling Stones… que du lourd ! J’allais me régaler. Il fallait juste attendre que la panne d’électricité soit réparée…
Bon, autant s’y mettre. C’est surtout pour ça que j’étais là. Me désintoxiquer et écrire… J’avais tout de suite repéré le bureau, un gros meuble calé face à un mur beige à peine fendillé. Peu de chance d’échapper à mon imagination. Et posée là, comme une reine, une énorme Underwood ! C’est exactement ce qui était indiqué dans la brochure : « Une machine à écrire entièrement mécanique sera mise à la disposition des curistes.» À côté de la bête, un mode d’emploi expliquait son maniement : « Lorsqu’on arrive à l’extrémité de la feuille, ou lorsqu’on veut aller à la ligne, on actionne le levier de retour de chariot, situé au bout de celui-ci, ce qui permet de réarmer le ressort en ramenant le chariot en début de ligne et d’actionner un mécanisme qui fait tourner le cylindre d’un cran pour aller à la ligne suivante. » *
Je m’installais pour la tester. J’attrapais une feuille blanche, l’enroulais et commençais à tapoter maladroitement les « lettres gravées sur leur petit bloc de métal ». J’avais deux mois pour m’habituer au clavier américain. C’est en me relisant que j’ai remarqué qu’il manquait le R. J’en parlerai au groom… ou pas. Après tout, ça pouvait être un truc encore plus motivant. Peut-être l’occasion de faire un remake de La disparition
En tout cas, il n’y avait aucune possibilité de liker avec cette bestiole. Et c’était ça l’essentiel.  Pas possible non plus de partager la moindre photo ou d’aller vérifier des trucs sur Google… J’étais à nouveau seule sur ma planète, sans R mais avec toutes les autres lettres pour essayer d’inventer la vie.

Marie-Hélène Branciard – 31 juillet 2017.

* Wikipédia – Article « Machine à écrire« .

Photo : City Of Detroit Teeters On Bankruptcy As State Audits Its Finances (Photo by J.D. Pooley/Getty Images).

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Lecture de #Jenaipasportéplainte : dialogues théâtralisés…

Suite à une proposition d’une troupe d’actrices du Centre LGBT Paris Ile de France, j’ai réécrit quelques extraits du polar #jenaipasportéplainte sous forme de dialogues théâtralisés.
Trois 
scènes se succèdent pour garder le rythme du livre construit sur celui des séries TV. Une lecture a eu lieu le 22 juin 2017 au Centre LGBT Paris-ÎdF

D’autres ouvrages présentés au 6e Salon du Livre Lesbien étaient également « mis en scène »  : « Anveshan » de Sylvie Géroux ; « L’Amour rêche » de Valérie Dureuil ; « Piste rose » de Cy Jung ; « Ladie’s Taste » de Laura Trompette ; « X » de Fanny Mertz ; « Contes à Rebours » de Typhaine D.

Voici le texte avec quelques photos des actrices en action. Merci à elles pour cette lecture originale de mon polar !

#JENAIPASPORTÉPLAINTE / DIALOGUES THÉÂTRALISÉS

SCÈNE I 

Noir complet. Musique “See you all” ou “World Falls Apart”.  (Ambiance fin du monde).
Scène s’éclaire progressivement en même temps que la musique s’estompe.
Trois personnes (Le chœur) alignées de dos. Habillées en noir avec sweet, capuche sur la tête.

Chœur 1 se retourne, elle a un masque Anonymous. Elle récite un poème (ton monocorde) :
« Ton avatar caché entre deux touches de mon clavier
Aucune trace du mal que tu m’as fait… en vrai
Mais tout est brisé au fond de moi… en moi
Mais #jenaipasportéplainte / But #Ididntreport / Haber #ichhabnichtangezeigt »

• Chœur 2 se retourne (elle a également un masque Anonymous) et enchaîne :
« Tout a commencé quand j’ai lu ce poème glauque sur le Facebook d’une Marylin aussi victime que la vraie… Et puis il y a eu cette série de tweets avec le hashtag #jenaipasportéplainte. Des femmes du monde entier qui ont expliqué en 140 caractères pourquoi elles n’ont pas porté plainte après un viol ou une agression sexuelle »

• Chœur 3 se retourne (elle a également un masque Anonymous) et enchaîne :
—  Je n’ai pas porté plainte parce que c’est lui qu’on a cru
• Chœur 1 :  Je n’ai pas porté plainte parce que j’étais saoule
• Chœur 2 : Je n’ai pas porté plainte parce qu’un psy m’a dit que ce n’était pas un viol s’il n’avait pas d’arme
• Chœur 3 :  Je n’ai pas porté plainte parce que je n’ai ni crié, ni mordu, ni frappé
• Chœur 1 : Je n’ai pas porté plainte parce que c’était le mec avec lequel je vivais…
• Chœur 2 : Je n’ai pas porté plainte parce que Zorro est arrivé juste à temps pour l’empêcher de me violer, et qu’une tentative « c pas si grave »
• Chœur 3 : Je n’ai pas porté plainte parce que c’était mon cousin et j’avais peur que ma famille ne me croit pas.

Noir complet. Silence. Puis voix qui sort de la nuit :

• Chœur 3 : Il y a des tas de raisons pour ne pas porter plainte après un viol. Mais moi, j’ai porté plainte et j’ai perdu… Le salopard qui m’a violée a nié et je n’ai pas pu prouver sa culpabilité. Alors, quand j’ai lu tous ces messages je me suis dit : « Mais putain de bordel de merde pourquoi pleurer partout qu’on n’a pas porté plainte ?!! Ça leur fait une belle jambe aux violeurs… Ça peut même les conforter dans leurs certitudes d’être intouchables ce type de message.
Alors, les filles, je vais vous raconter ce que j’ai fait…

SCÈNE II

Noir complet. Silence. Scène s’éclaire progressivement.
Le Chœur a disparu. On découvre une table de bar avec 3 ou 4 chaises autour.
Une fille (Daria) est installée devant une Tequila et regarde attentivement autour d’elle, tout en consultant son smartphone. Elle porte un t-shirt facilement reconnaissable de loin [dans le polar il s’agit d’un t-shirt I Don’t Give A Fuck des Peaches mais ça peut-être Gossip, Indochine, Lady Gaga…].
Musique de fond : I U She des Peaches ou Fuck you de Lily Allen
Le téléphone de Daria sonne. Elle répond. La musique de fond s’estompe.

• Daria : Salut Zabou… Ouais… Ok… Euh, j’suis au Banana là, mais je peux pas trop te parler.
Elle écoute la réponse.
— Je fais la chèvre.
Elle sourit en disant cela tout en surveillant les alentours. Elle rigole doucement en entendant ce que lui dit Zabou au téléphone et répond en baissant la voix :
— En fait… je sers de proie. Mafalda a repéré deux tordus qui piègent des homos… Du coup on essaye de les coincer. J’ai rendez-vous avec une certaine Juliette… J’te laisse !
Daria raccroche alors qu’une jeune femme s’avance vers elle et lui fait signe qu’elle a reconnu son t-shirt. La femme est super sapée, mini-jupe, cheveux longs blonds, lunettes fumées, rouge à lèvres. Elle sourit largement. Très à l’aise.

• Juliette : Chouette t-shirt !
• Daria : Merci…
Juliette s’installe. Elle mate discrètement vers le bar ou on imagine que son acolyte est installé.
Daria sourit également, d’un sourire moqueur. Elle sort une photo de son sac :
• Daria : Sans vouloir être désagréable, tu ressembles pas vraiment à la super meuf de ton profil Facebook.
Juliette se crispe un peu mais continue de sourire.
• Juliette : Ah Ah ! toi non plus !
• Daria : Ouais sauf que moi j’ai pris une photo de Shane, l’actrice de The L Word, c’est évident que j’vais pas lui ressembler.
• Juliette : C’est vrai… bon, on s’en fout non ? Si on allait discuter chez moi ?
• Daria : Y a pas le feu ? Si ? Je sais bien que je suis irrésistible, mais bon… je boirai bien une autre Téquila moi !
• Juliette : Ok (du bout des lèvres).
Sur ce, Mafalda déboule, portable en bandoulière dans son Bag Street, perruque rose, perfecto brillant, smartphone à la main. Elle les toise du haut de son mètre 80, fait la bise à Daria, attrape une chaise et s’assoit à la cow-boy, jambes écartées et dossier devant elle.
• Mafalda : Ça va ?! J’espère que j’dérange pas ?
Maf arbore un sourire hilare.
• Daria : Du tout… Juliette, je te présente Mafalda.
• Juliette : Enchantée.
Juliette sourit à peine, de plus en plus crispée. Elle attrape son sac et lance à Daria :
— Bon, on y va ?!
• Mafalda : Vous allez où ?
• Daria : Chez Juliette. Tu veux venir ? Daria dévisage insolemment Juliette et lui demande : ça te dirait un plan à trois ?
Entre temps, Mafalda a pris plusieurs clichés de Juliette, sans se cacher, presque à bout portant. Elle vérifie la qualité des images sur son smartphone.
• Mafalda : Tu sais qu’t’es photogénique toi ?!
Juliette attrape son sac et se barre presque en courant sans demander son reste.
• Mafalda : C’est bon ! J’ai sa photo et celle du salopard qui l’accompagnait. Regarde les qui se sauvent !
Daria et Mafalda regardent vers l’entrée du bar. Elles ne rigolent plus du tout. Maf sort son portable et commence à pianoter à toute allure.
• Mafalda : Et hop, partagées les photos. Finie la rigolade, Roméo et Juliette ! Comme je vais vous griller partout !
Daria soupire, sombre. Elle s’envoie sa Téquila cul sec.
Noir complet. Silence puis “Standing In The Way Of Control” de Gossip.

SCÈNE III

Scène s’éclaire progressivement en même temps que la musique s’estompe. On découvre à nouveau Le chœur, toujours de dos.
• Chœur 1 se retourne et récite :
Bâtardes… Hermaphrodites… Dégénérées…
La DJ arrache son casque, lâche la manette et se fige. Après tous ses efforts pour pondre un texte qui exprimerait enfin ce qu’elle ressent, les mots se sont posés. On dirait qu’ils attendaient qu’elle lâche l’affaire, qu’elle se plonge dans ses jeux vidéo pour émerger. Elle ne sait pas trop pourquoi, mais cette fois la musique ne suffit plus. Elle a envie de dire, d’hurler et ces trois petits mots vont lui ouvrir la voie. Les mains sur son clavier magique, elle lance des nuages de mots dans la nuit virtuelle, elle déclare la guerre à la peur !
• Chœur 2 se retourne et enchaîne :
Bâtardes… Hermaphrodites… Dégénérées…
Casquées de bruits et de fureur • Elles traversent le temps • Le soleil est en deuil • Il neige sur les écrans fêlés • De leurs vies blanches…
• Chœur 3 se retourne et enchaîne :
Perchées sur leurs clouds • Casquées de bruits et de fureur • Dans leurs armures 3D • Elles ont tout oublié… • La clé des mots clés • Le tag des hashtags…
• Le chœur (les 3 ensemble) :
Le soleil est en deuil •  Il gèle sur les écrans brisés • De leurs vies blanches… • Casquées de bruit et de fureur • Elles ont tout déchiré • Le mur du son • Le ciel, l’horizon…

Noir complet. Silence.
Scène s’éclaire et les actrices viennent saluer…

 

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#Ididntreport – Thriller – Marie-Hélène Branciard

 “He is as white as a sheets, tied up to his desk chair, he clenches his teeth, determined to say nothing. A few moments ago, Margaret Thatcher made him swirl twi oy three times, by pure sadism. By his side, the other one, hidden behind its Kim Jong-un’s mask, drums casually on its I-phone. « You know, Simon, she breaks in a soft voice, we are not like your friends the cops. Contrary to them, we want the truth and we can think of heaps of unpleasant things to make the garbage of your sort speak. » #Ididntreport (extract)

PARIS, PLACE DE LA NATION…

After a pro « Same-sex marriage » demonstration, Solün, press photographer, discovers the body of a young woman. At the hospital, she meets her friends – bit of a mad group of artists – and goes with them after the attackers. The commandant Jourdan, officially in charge of the investigation will not appreciate their help… The black bird of Twitter and the shadow of some monsters are haunting the story while a mysterious DJ talks about revenge and creation…

Personnages du polar #jenaipasportéplainte

IN THIS UNCONVENTIONNAL THRILLER,
« Marie-Hélène Branciard writes about funny and charming characters, lesbians in daily resistance for the respect for their humanity, smarts hackers, all of them orbiting round the investigation led by the commandant Jourdan who will try, in spite of the difficulties, to see that culprits get to the hands of justice. » Marie Van Moere (Foreword)

#Jenaipasportéplainte – Marie-Hélène Branciard – 2016 – éditions du Poutan

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Le Père Noël est paffé… Nouvelle noire de Marie-Hélène Branciard

 

MAIS QUI EST CETTE PETITE FILLE MUETTE ?
Lyon, un 24 décembre. Alors qu’elle fait le plein de Téquila en prévision du réveillon, Doll se retrouve sans rien comprendre avec une gosse de trois ans sur les bras !
Entre sa voisine drag-queen qui lui offre un show Sylvie Vartan, Alice, son ex, qui revient comme un cadeau l’espace d’une nuit de Noël et les embrouilles de Sonia la kidnappeuse… on retient son souffle jusqu’au bout de cette étrange histoire.

 

Avec Le Père Noël est paffé, Marie-Hélène Branciard nous offre une nouvelle originale, drôle et touchante dans la lignée de son polar #Jenaipasportéplainte.

EXTRAIT

« Je me suis attrapée par le colback et jetée à la rue :
— Allez hop, dégage, tire-toi !
Éjectée de mon propre appart’ ! J’avais pas le choix. C’était ça ou je devenais dingue, enfermée entre la télé et les bouquins que j’arrivais plus à lire depuis son départ. Il fallait que je trouve un autre endroit, un endroit où je pourrais l’oublier, elle, mais pas que… Y avait aussi le loyer à payer, les contrôles Polemploi, le gang de cafards qui squattait ma cuisine, l’espèce de verrue qui poussait sur ma joue, l’ordi qui venait de rendre l’âme.
— Et arrête de te plaindre ! j’ai ajouté, furax.
J’ai vu dans le regard d’une mamie que je pouvais faire peur. Non mais !
Ben ouais, Alice m’avait quittée. Ça faisait déjà un mois mais j’avais encore du mal à y croire. Elle m’avait prévenue pourtant, dès le départ… que ça durerait pas, que j’étais trop gentille, qu’elle préférait les brutes. Et moi qui croyais qu’elle blaguait ! Ben non. Putain, j’étais trop en manque d’elle, de sa peau, de sa bouche qui s’attardait sur la mienne, du sourire canaille qui me laissait sur place. Même son sèche-cheveux à six heure du mat’ qui m’empêchait de me rendormir me manquait. Plus les jours passaient et plus je me demandais comment j’allais faire pour me débarrasser du plugin gluant et plein de pattes qui vivait sous mon lit et me réveillait la nuit en grignotant ma cervelle.
J’ai slalomé entre les poubelles et j’ai failli m’étaler sur un vieux PC abandonné. Un clavier tout dépenaillé, un écran fêlé, une souris morte, des touches éparpillées… Y avait pas toutes ses lettres alors j’ai ramassé le A.

On était à la veille de Noël et la rue s’était vêtue de son pire fond d’écran, blanc sale avec des traces de pneus qui salissaient tout sur leur passage. J’ai regardé mes boots qui se noyaient dans cette bouillie et j’ai tracé vers le cyber café de la rue de Marseille en essayant d’éviter les tas de neige. Fallait absolument que je me connecte pour vérifier si la boite de prod m’avait versé mon cachet. Ça faisait un mois que j’attendais trois cent trente euros pour deux jours de figuration dans une gentille daube avec Gérard Poulain. J’avais fait la foule. Bon, d’accord, j’étais pas toute seule mais j’avais pas mal assuré. Pas si évident que ça de jouer la foule. Enfin, le truc cool, c’était surtout que j’avais pu approcher Emma, l’assistante du réalisateur et lui glisser mon scénario. Celui que je réécrivais depuis au moins trois ans sans parvenir à intéresser qui que ce soit. Mais là, je sentais que c’était bon. Emma m’avait promis de le lire. Y avait plus qu’à attendre. L’une de mes principales activités… »

Le Père Noël est paffé… – Marie-Hélène Branciard – Version numérique – 0,99 € – Mars 2017 – Éditions du Poutan.

Télécharger cette nouvelle :

Sur le site de l’éditeur (Formats ePub + Mobipocket + PDF)
Sur La Fnac.com (Format ePub)
Sur Amazon (Format Kindle)
Sur Immateriel.fr (Formats ePub + Mobipocket + PDF) 

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#Jenaipasportéplainte Polar de Marie-Hélène Branciard.


#Jenaipasportéplainte

Polar de Marie-Hélène Branciard.
Préface de Marie Van Moere
(auteure de Petite louve aux éditions La Manufacture de Livres).

« Il est blanc comme un linge, attaché à son fauteuil de bureau, il serre les dents, bien décidé à ne rien lâcher. Tout à l’heure, Margaret Thatcher l’a fait tournoyer sur lui-même à deux ou trois reprises, par pur sadisme. À ses côtés, l’autre, cachée derrière son masque de Kim Jong-un, pianote nonchalamment sur son I-phone. « Tu sais, Simon, lâche-t-elle d’une voix douce, on n’est pas comme tes copains les flics, nous. Contrairement à eux, on veut la vérité et on peut utiliser des tas de trucs pour faire parler les ordures de ton espèce… »

Paris, place de la Nation… Après une manif pro « Mariage Pour Tous », Solün, photographe de presse, découvre le corps inanimé d’une jeune femme. À l’hôpital où elle l’accompagne, elle fait connaissance avec ses amis et se lance avec eux à la poursuite des agresseurs… La traque de violeurs en série se met en place avec des moyens peu conventionnels mais terriblement efficaces. Le commandant Jourdan, officiellement chargé de l’enquête va d’ailleurs moyennement apprécier l’aide de ces justiciers amateurs.

Un polar moderne haletant sur un rythme rapide, rock’n’roll. Les oiseaux noirs de Twitter et l’ombre de quelques monstres planent sur ce récit tandis qu’une mystérieuse DJ nous parle de vengeance et de création. On a l’impression d’avoir toutes les clés en mains, et pourtant le suspens reste entier jusque dans les dernières pages…
Avec #Jenaipasportéplainte, Marie-Hélène Branciard décrit le Monde d’aujourd’hui dans ce qu’il a de plus sordide (le viol, les tortures) et de plus lumineux (la solidarité, l’amour). Ses personnages originaux, parfois drôles, toujours très attachants nous montrent que la lutte contre la peur et les préjugés reste bien un enjeu essentiel!

L’AUTEURE
Née au siècle dernier au Sahara, Marie-Hélène Branciard a vécu à Lyon, Paris et Dijon. Après des études de sociologie, elle a été successivement pigiste, chargée d’études sociologiques, webmaster. Elle écrit actuellement un troisième roman.

Polar en vente sur le site des éditions du Poutan.

Version numérique en vente sur la Librairie 7switch.

#Jenaipasportéplainte – Marie-Hélène Branciard – Préface de Marie Van Moere – Septembre 2016 – Éditions du Poutan.

Page Facebook #Jenaipasportéplainte

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Concours d’écriture Envie d’écrire – Marguerite Duras

Concours d’écriture Envie d’écrire – Novembre 2014 – « Vendredi ou les larmes du Pacifique ». Nouvelle en hommage à Marguerite Duras.

typewriter_marguerite_durasVendredi ou les larmes du Pacifique

Dès le coucher du soleil j’arrêtais d’écrire. Lasse des stylos bille dénichés par sacs dans une armoire métallique. Plus d’électricité, plus d’ordinateur. Après avoir fouillé l’école, la maison, j’ai pensé à la cave. Sous l’ampoule inutile mon ombre finit par trouver ce que je cherchais. Je la pris et la tendis hors du cachot. À la lumière, la chose apparut, d’abord trop noire, sale, cabossée, puis, tout à coup, indubitable. The « Typewriter ».
Je l’observais, critique. Un escalier fait de petites marches glissantes, mal étiquetées, noires, blanches, etc., de la couleur exacte de mon histoire. La tenant à bout de bras je me dirigeais vers la cuisine et la posais sur la table. J’écartais les papiers souillés de pattes de mouches, me remplis un verre, enroulais une feuille blanche et m’installais déterminée à écrire la vérité. Rien que la vérité. À pousser dans un coin du salon, derrière l’argenterie, les artifices ordinaires d’un espoir stupide. À me faire la peau. À ne plus « écrire autour des choses sans aller jusqu’à elles ».
Dès le lever du soleil je commençais à écrire.
Je m’installais à la table de la cuisine, près de la fenêtre, des bouteilles de whisky et des cartouches de cigarettes. Je décidais de ne pas me soucier des ratures. Toujours, me disais-je, je cherchais à perfectionner mon histoire. Rien ne se faisait d’un seul coup.
La nuit je marchais sous le préau et dans la cour.
La lune, elle ne réveillait plus les oiseaux, morts depuis longtemps… Je tournais en rond, de ces ronds apaisants qu’enchaînaient avant moi les instituteurs de cette école morte. Moins morte cependant que le reste de la ville puisque la catastrophe avait eu lieu pendant les vacances d’été.
Je ne sortais plus jamais dans la cité irradiée. J’avais fait une vingtaine d’allers-retours avec le vélo et sa remorque pour récupérer le whisky, les cigarettes, le café, la nourriture et le papier.
Inéluctablement, je m’attachais à la machine, seule chose un peu vivante sur mon île. Je lui donnais un nom : « Vendredi ». Je me sentais si seule, si loin, tellement seule et prisonnière du silence que je me mis à lui parler.
La treizième nuit, j’eus une peur terrible. Du silence sans fond, ma sauvage m’appelait. Des crépitements irréguliers arrivaient de la cuisine. Des survivants ? Cela devait bien arriver. Pourquoi serais-je la seule ?
Je me glissais dans l’obscurité de la maison et la fouillais à tâtons. Rien. La machine muette et le silence à nouveau, profond comme la tombe.
C’est le matin que j’eus plus peur encore, en découvrant le message tapé dans la nuit sur la feuille que j’avais laissée en plan la veille :
« Écrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. » Marguerite D.
Quelqu’un avait entendu mes élucubrations et de moi se moquait.
Je fouillais l’école, les dépendances, le garage… sans cependant trouver le courage d’aller plus loin. La puanteur des cadavres venant de la ville était telle qu’aucun être humain n’aurait pu y résister.
Plusieurs nuits passèrent.
Je reprenais mes habitudes, je lui parlais à ma sauvageonne, celle que j’appelais désormais Marguerite.
La vingt-cinquième nuit, un autre crépitement me réveilla en sursaut. Je me faufilais jusqu’à la porte de la cuisine, risquais un œil : Marguerite écrivait, seule. Je distinguais les barres de caractères qui s’agitaient dans le noir. Ce fut plus long cette fois. Je dus attendre la lumière de l’aube pour déchiffrer son texte :
« Ici, Marguerite a vécu. En moi elle revient. Elle me parle du Chinois, de l’enfant, du “vent qui se débat”, des terres salées par les larmes. Elle parle de cette maison au milieu d’une cour d’école où tout avait bien commencé… “On aurait dit une fête”… mais la tragédie veillait. Un amour effrayant. Effrayé. Une “valse désespérée”. Des larmes encore et des cris emportés par le Pacifique vers un autre continent… »

Marie-Hélène Branciard

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Journal d’une blogueuse dérangée…

Le Zaporogue XVII – 2016 – Journal d’une blogueuse dérangée
Appel à textes, photos, art, illustrations, photographies pour la revue Le Zaporogue créée par Sebastien Doubinsky.

CŒUR SOLITAIRE

Tu traverses le gigantesque centre commercial de banlieue. Sur tes oreilles des écouteurs chromés, dans ta tête une électro qui pousse comme une grosse fleur au rythme de ton cœur solitaire et désaccordé. Tu grimpes avec un escalator rutilant au sommet d’un temple de verre. Hypnotique, implacable, See you all te vrille les neurones… Toi aussi tu peux tous les voir de là-haut, tous ces Hubots lâchés en bandes qui pourraient bien profiter d’un jour de solde pour s’entretuer…
Tu vas retrouver une certaine Nolwen. C’est elle qui t’a imposé ce lieu de rendez-vous en plein après-midi. Tu l’as rencontrée sur Facebook, là où passent tant d’amis, cloués sur ton Mur comme des papillons électroniques collectionnés sans amour…

Lire la suite en téléchargeant gratuitement Le Zaporogue XVII.
Avec Jerry Wilson, Shane Zooey, Anne Krautwald, Olga Theuriet, Marcus Aurelius Littler, Laurent Maindon, Manu Rich, Charles Marko, Franck Balandier, Simone Rinzler, Carole Cohen-Wolf, Amit Ranjan, Márcia Marques-Rambourg, Dominic Albanese, Tom Bluespoet, Fabrice Magniez, Murphy Halliburton et Andréas Becker.

 

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Vies blanches – Le Zaporogue XVI

Le Zaporogue XVI – 2015 – Vies blanches – Le jour & La nuit.
Appel à textes, photos, art, illustrations, photographies pour la revue Le Zaporogue créée par Seb Doubinsky.

LE  JOUR

« Bâtardes … Hermaphrodites… Dégénérées… »

Elle arrache son casque, lâche la manette et se fige. Les mots se sont enfin posés… Sur son Home cinéma, Arya Stark traverse péniblement un territoire dévasté. Accrochée à son épée, La Belette attend comme un bête avatar en panne qu’elle veuille bien l’aider. Elle s’en détourne pourtant. Posé sur son lit, un petit ordi somnole en ronronnant. Elle le réveille sans scrupule en posant ses deux mains sur le clavier encore chaud…

« Casquées de bruits et de fureur / Elles traversent le temps / Le soleil est en deuil / Il neige sur les écrans fêlés / De leurs vies blanches… »

Elle ferme les yeux, s’étire, secoue la tête et lance un SOS à la nuit qui colle aux immenses baies vitrées…

« Bâtardes…
Hermaphrodites…
Dégénérées…
Perchées sur leurs clouds
Casquées de bruits et de fureur
Dans leurs armures 3D
Elles ont tout oublié…
La clé des mots clés
Le tag des hashtags… »

Lire la suite en téléchargeant gratuitement Le Zaporogue XVI.

 

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On ne se sauve pas du chagrin

Le ciel et le sable – Tara Lennart

Chronique de Shane Zooey – Mai 2014

Tara Lennart - Le ciel et le sable Le truc infaillible pour dire que j’ai aimé c’est que j’ai eu envie de savoir la suite et vite ! Donc, ça, c’est sûr. Envie de plonger dans ces nouvelles, dans Jocelyne (l’histoire hein, pas la meuf !) et dans Le ciel et le sable… Nouvelles noires noires noires dont les hashtags pourraient être #mégots #chagrin #fantômes #souvenirs #alcool #pédé #raté #bière #province #pute #bascontrelesvarices.

Des fois on sent que Tara Lennart pourrait être tous les personnages, mec ou fille : il y a de la sincérité, du vécu qui transparaît (même si elle tient à préciser qu’elle n’a jamais testé la prostitution sur les aires d’autoroutes). Pourtant, on dirait…

Lire la suite sur L’ivre de Lire

Tara Lennart – Le ciel et le sable – 2014
E-FRACTIONS éditions

http://e-fractionsdiffusion.com/le-ciel-et-le-sable-suivi-de-jocelyne/

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Un chardon à fleur de peau

S_Zooee_Ma barricade« Je suis maintenant sur la voie de moi-même,
un gros insecte dont les yeux exorbités constatent,
avec effroi, avec jubilation, le début d’une mue
inexorable. J’ai révoqué convenances et hésitations ;
même si je sens encore la peur, j’ai commencé ma marche. »
Elemo Drop – Ma Barricade

Queer et dyslexique…

Ce livre, c’est aussi SA Barricade à Thierry, là où il empile tout ce qui le fait : l’incompréhension, les frustrations, les obstacles ; là où il raconte les robes prêtées par les copines, les nuits pleines d’effusions factices et de multiples abandons ou les ateliers d’écriture qu’il anime…

Là où il retrouve « Des perles montées de la rue… la démarche altérée par les talons et la fatigue… les poitrines factices ou hormonales. Et plus que tout, la farouche volonté nourrie de désarrois insondables. Leur poésie amère, capiteuse ; hermétique aux communs, impudemment offerte aux écorchés vifs. »
Celles en qui il se reconnaît vraiment…

Le chardon tatoué qui grimpe dans son cou et sur lequel se posent quelques sourires de loup LE protège en LA démasquant. N’importe quelle brute peut écraser le fragile symbole d’un coup de talon mais personne n’arrivera à effacer l’image, le sens obscur, lointain, dangereux que lui donne la puissance du rêve. « Chardon fleuri de condamné », Barricade de fortune et « signe public, historique de réprobation » qu’il laisse entrevoir en classe, à ses élèves, avec ses petits bracelets, son mascara, ses cachemires, sa poitrine. Prêt à affronter tous les regards, à bousculer les consciences.

Ma barricade raconte tout cela avec une belle et singulière écriture. Une écriture forgée par la déesse Myslexie, celle que l’auteure nomme La Démone, qui prend souvent le pouvoir, encourage la fantaisie et permet de mieux exprimer la révolte. On suit la lutte permanente pour vaincre l’écriture, se construire un corps, s’imposer dans la société…

Parti de loin Thierry ira loin aussi… apprenant à dompter l’écrit et à marcher avec des talons hauts pour escalader les marches de l’agrégation… Le petit garçon « blotti, gauche; perdu des heures dans la contemplation du clocher biscornu de Solre-Le-Château, son premier ami queer » a fait du chemin…
Quand la France gronde et se déchire à propos du mariage pour tous, il rejoint ses autres amis queer. Ensemble, bandonéon en bandoulière, ils vont poursuivre la lutte, essayer de renverser d’autres barricades, tenter d’effacer « l’hostilité sourde, immense, permanente qui menace, réprime, étrangle toute forme d’inversion, toute. »
Des luttes qui laisseront leurs traces…

Shane Zooey – Mai 2014

Elemo Drop – Ma Barricade
Lulu.com – Janvier 2014
http://www.lemodrop.com