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Je suis sûre que la créativité est du côté de la santé. Jeanette Winterson

Je lisais donc Les Années-chien au lit, et une voix extérieure – et non dans ma tête – a dit : « Lève-toi et mets-toi au travail. »
Je me suis habillée sur-le-champ. Je suis allée dans mon studio. J’ai allumé le poêle à bois, me suis assise enveloppée dans mon manteau car la pièce était glaciale et j’ai écrit – Cela a commencé comme toutes les choses importantes – par hasard.
Durant les jours qui ont suivi, j’ai écrit un livre pour enfants intitulé The Battle of the Sun.
Winterson_Jeanette

Chaque jour, je me mettais au travail sans idée de plan ni intrigue, mais simplement pour voir ce que j’avais à dire.
C’est pourquoi je suis sûre que la créativité est du côté de la santé. J’allais me remettre, et j’ai commencé à me remettre grâce au hasard du livre.
Il n’est pas surprenant qu’il s’agisse d’un livre pour enfants. La créature démente au fond de moi était une enfant perdue. Elle voulait qu’on lui raconte une histoire. L’adulte en moi a dû la lui raconter.
L’une des premières choses à s’être inventées dans ce nouveau livre était la Créature Coupée en Deux.

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? Jeanette WintersonÉditions de l’Olivier – 2011.

 

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Seigneur Jésus, un crayon ! – Philippe Djian

crayons« Je ne peux te décrire l’émotion que j’ai ressentie. Du papier, un crayon – Seigneur Jésus, un crayon !! -, j’ai dû m’asseoir. Je crois que mes oreilles ont bourdonné un instant. Merci. Mille fois merci. Je l’ai montré aux autres. Ils ont hoché la tête durant cinq minutes. C’est toujours un événement. C’est toujours une joie – même si ça crée des tensions entre nous, comme tu peux l’imaginer. Michel en a reçu il y a une quinzaine de jours – une rame entière, Clairefontaine, à peine jaunie – et il en est encore de bonne humeur aujourd’hui. (…) Il y avait combien de temps que je n’avais pas vu une mine de crayon ? Quelle beauté. Je ne me souvenais plus comme l’écriture brillait sur le papier, je ne me souvenais plus du bruit sur la feuille, dans le silence. Je vais lâcher ma tablette et reprendre l’écriture à la main à partir d’aujourd’hui – jusqu’à épuisement des cartouches, jusqu’au dernier morceau de papier, jusqu’au dernier bout de crayon, je te jure de profiter au maximum de l’oxygène que tu me donnes, et tu sais à quoi ça tient. Tu sais à quoi ça tient d’écrire un livre. »

Pour raconter comment il imagine les vingt-cinq années qui arrivent, Philippe Djian écrit une lettre à sa fille – Philippe Djian, écrivain résistant (Les Inrocks 830, 27/10/11) – philippedjian.com

 

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Prépare-toi à t’enfoncer loin dans la forêt – Marie Van Moere

« It’s only rock ‘n roll but I like it »

it_s_only_rocknroll« Alors restons dans le thème du deuxième roman (deuxième étant un sous-ensemble de roman, bien sûr). Je parlais de la nouvelle un peu plus tôt. Je ne sais plus quel écrivain disait que si tu as une nuit, tu as une nouvelle. Avec le roman, t’as intérêt à prendre un big appel d’air pour te préparer à une longue apnée. Si tu préfères les images sylvestres, prépare-toi à t’enfoncer loin dans la forêt parce qu’il faut que tu ramènes la peau de l’ours (que tu ne vendras pas) après en avoir mangé le foie sous la voûte céleste. Bref. Mentalement et physiquement, écrire un livre c’est quelque chose. »
(…)

« Donc, tu réfléchis plus à ton art lors du deuxième roman mais pas vraiment à ta manière de faire, d’écrire, de vivre l’écriture de ton livre parce que de ces belles volontés totalement intégrées à toutes tes identités, l’irréductible dénominateur commun à chacune, c’est le désir désir désir désir désir désiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiir. »

Lire l’article complet sur le blog de Marie Van Moere

 

 

 

 

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J’ignorais que les mots pouvaient dire le réel – Philippe Besson

Son frère

Son_frere« Le 21 août
Je ne me remets pas à l’écriture de mon deuxième roman. Voilà six mois que je n’y ai pas travaillé. Les mots du livre se sont interrompus d’eux-mêmes, quand la maladie a surgi dans nos existences. Tout à coup, cela a été impossible de continuer dans l’enchantement de l’écriture, dans le bonheur des histoires inventées. Cela m’aurait semblé une indécence. Et puis, surtout, la réalité a pris toute la place et chassé l’imaginaire. Les mots, ils ne peuvent plus servir qu’à dire cette réalité, pour tenter de l’éloigner un peu ou de la contenir. Depuis six mois, lorsque je m’assois devant le clavier, c’est de la maladie dont je souhaite parler, c’est d’elle uniquement dont je puis parler. Alors, j’ai fait ça, abandonner le roman en train de se faire, et j’écris à propos de Thomas, je raconte la vérité pour la première fois, je suis dans le réel. J’ignorais que les mots pouvaient dire le réel. »

Philippe Besson – Son frère – Janvier 2004 – Pocket.

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La littérature, nous arrachait à tout… F. Sagan

sagan« Ce livre « la femme fardée« , fut pour moi la preuve pas encore évidente que la littérature, enfin l’inspiration plutôt, nous arrachait à tout, nous distrayait de tout, nous mettait au-dessus des mêlées… (…) J’avais l’impression fausse mais vivace que ma vie était là, sur ce gros bateau inventé avec ces héros romanesques, et que le restant de mon existence ne comptait pas ou plus. (…) C’était la première fois que je mesurais la force de l’invention, de l’imagination, ou plus globalement de l’inspiration. »

Derrière l’épaule François Sagan – P150
Pocket, 256 pages, 2010

« Comme si sa vie se confondait avec ses romans, Françoise Sagan a eu l’idée de se promener dans le paysage de son oeuvre. Idée amusante, parfois cruelle, qui l’entraîne dans une flânerie mélancolique à travers « profils perdus », « chagrins de passage », « lits défaits » et « bleus à l’âme ».
Au hasard de la lecture surgissent des moments de temps retrouvé : « le charmant petit monstre » de Cajarc, les années Saint-Germain-des-Prés, ses amours, ses maisons, ses voyages.
Voyages autour d’elle-même, pages confidentielles traversées de fous rires qui nous rapprochent encore d’un écrivain que nous admirons. Mieux : d’une personne que nous aimons. »