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Je ne dis rien, elle ne dit rien. On n’en parlera jamais. #MeToo

New York Times Op-Ed Story Says 'Pedophiles Deserve Civil Rights' • Now The End BeginsJ’ai 10 ans. Je vais chercher du pain au bar tabac/dépot de pain du coin. Les poivrots habituels et d’autres clients, uniquement des hommes, prennent l’apéro. Je suis accompagnée d’une camarade d’école de mon âge. La patronne prend notre commande et va chercher nos pains dans l’arrière boutique. Pendant ce temps l’un des poivrots attrape le t-shirt de ma camarade et le soulève brusquement tout en continuant à discuter, comme si son geste était tout à fait normal. La petite est figée, rouge cerise. Elle n’ose pas attraper la main de ce porc pour qu’il lâche son vêtement. Il prend son temps, se rince l’oeil, lâche enfin le T-Shirt puis se détourne pour commander une autre tournée. Aucun des hommes présents ne bronche. Nous sortons. Je ne dis rien, elle ne dit rien. On n’en parlera jamais.
#MeToo

Site Balancetonporc

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Wild little mermaid

Tu croises Anita à la sortie du So What…

Tu la connais vaguement : amie d’une amie, rencontrée dans un vernissage. Perchée sur ses tacones lejanos, complètement défaite, cinq ou six ballons de baudruche accrochés à son sac, elle essaye vainement d’attraper un taxi tout en chantonnant The End of The Story d’Héléna Noguera… « I will never know the end of the story… I will… never mind… cos if I mind… ». Alors qu’elle entame une vague chorégraphie, tu lui proposes de la raccompagner… « Ouiiiiiiiiiii, tu me plais toi ! Elles sont trop bien tes shoes ! Tu veux un ballon ? » Tu mets trois plombes à trouver un taxi qui veuille bien vous amener à Montreuil. À l’arrivée, Anita se vautre en se prenant les pieds dans la ceinture de sécurité. Le type du taxi balance « Bien fait pour sa gueule ! » avant de démarrer en faisant couiner ses pneus. Rancunier le type. Il est vrai qu’entre deux chansons, Anita a bien cramé le siège arrière de sa bagnole…

A peine rentrée chez elle, elle attrape sa télécommande et lance un dessin animé porno sur son home cinéma. Une sirène aux longs cheveux roux se fait baiser par une grosse pieuvre bleue aux cheveux blancs. Couchée sur une épave de bateau pirate, échouée au fond d’une mer transparente, le monstre et la sirène s’en donnent à cœur joie. Tu t’y croirais presque… Tu t’installes devant l’écran pendant qu’Anita envoie valdinguer ses talons aiguilles et redevient une toute petite nana. Elle rejoint sa chambre en se cognant un peu partout et disparaît… Sur le home cinéma la sirène n’en finit plus de jouir entre les tentacules bleues d’une improbable goudou des mers. Tu te laisses embarquer…

Queer Spirit – Shane Zooey – Juin 2013.

Helena Noguerra – The end of the story- Album « Année Zéro »

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Les monstres sont comme le bruit de fond…

CYCLOPE

Browning and his cast

Il paraît que les monstres sont ce que les autres ne veulent pas être ? Tu t’intéresses depuis longtemps à ce mot : monstre, monster, streum… Il y a une citation de Michel Foucaud* que tu n’as jamais totalement comprise mais qui te titille : « Les monstres sont comme le bruit de fond, le murmure ininterrompu de la nature… »

Attraction… répulsion… Tu les cherches, tu les fuis… mais c’est trop tard : ils ne te lâchent plus ! Ils sont là, comme une ombre, un reflet aux pouvoirs magnétiques…  Il faut croire que tu es en eux comme ils sont en toi. Mal réveillée, mal fagotée, mal épilée… tu les aperçois de temps à autre, quand tu te croises dans une vitrine ou un miroir dérobé…

Hier, au True Women, l’un d’entre eux s’est assis à tes côtés : Françoise, un mètre quatre vingt, des cheveux longs, blonds, un visage ingrat, défiguré par l’acné… Un mélange étrange d’homme et de femme, sans qu’on arrive à savoir quel sexe pourrait prendre l’avantage… Et puis, une voix, si douce… un contraste surprenant entre cette voix et ces épaules carrées, entre les bijoux en or, les fines boucles d’oreilles et la lourde mâchoire griffée de cicatrices…

Elle parle à toute vitesse, contente de vider son sac, en jetant des regards méfiants derrière elle. Un instant, tu imagines qu’elle vient de s’échapper d’une expo de Patricia Piccinini et qu’ils sont à sa poursuite… Elle te dit que dans la rue, les gens la regardent avec insistance, se retournent parfois sur elle après l’avoir croisée. Le plus difficile à assumer, ce sont les réactions des enfants qui lui demandent à chaque fois : « T’es un garçon ou une fille ? » Une question qui l’angoisse, qu’elle sent venir et à laquelle elle doit répondre depuis toujours. La plupart des adultes n’osent pas la poser mais elle est gravée dans leurs regards. « Des fois, j’ai l’impression d’être un cyclope… »

« Journal d’une blogueuse dérangée » (extrait) – 7 juillet 2015 – Le Zaporogue XVII.

* Michel Foucault – Les mots et les choses (Une archéologie des sciences humaines). Gallimard – 1966.

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Ton avatar caché entre deux touches de mon clavier…

Ton avatar caché entre deux touches de mon clavier
Aucune trace du mal que tu m’as fait… en vrai
Mais tout est brisé au fond de moi… en moi
M@rylin
Tout a commencé quand j’ai lu ce poème glauque sur le Facebook d’une M@rylin aussi victime que la vraie…Et puis il y a eu cette série de tweets avec le hashtag #jenaipasportéplainte. Des femmes du monde entier qui ont expliqué en 140 caractères pourquoi elles n’ont pas porté plainte après un viol ou une agression sexuelle :

– Parce que c’est lui qu’on a cru
– Parce que j’étais saoule
– Parce qu’un psy m’a dit que ce n’était pas un viol s’il n’avait pas d’arme
– Parce que je n’ai ni crié, ni mordu, ni frappé
– Parce que c’était le mec avec lequel je vivais…

Il y a des tas de raisons pour ne pas porter plainte après un viol. Mais moi, j’ai porté plainte et j’ai perdu… Le salopard qui m’a violée a nié et je n’ai pas pu prouver sa culpabilité. Alors, quand j’ai lu tous ces messages je me suis dit : « Mais putain de bordel de merde pourquoi pleurer partout qu’on n’a pas
porté plainte ?!! Ça leur fait une belle jambe aux violeurs… Ça peut même les conforter dans leurs certitudes d’être intouchables ce type de message. »
Alors, les filles, je vais vous raconter ce que j’ai fait…

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Les femmes brisent le silence

PasdeJusticePasdePaix

#Nous avons lancé jeudi pour la France le hashtag #jenaipasportéplainte. Il a été retweeté des centaines de fois. Et le phénomène ne s’arrête pas. Comme prévu, les trolls ont passé leurs chemins, les témoignages restent. il y en a maintenant près de 500.
« L’ampleur des messages reçus à l’occasion de la campagne sur Twitter qui prolonge celle lancée par Pas de justice, pas de paix, nous montre combien il faut faire évoluer cette société qui est dans le déni des violences faites aux femmes et ne veut pas croire les victimes. »

Article à propos du lancement du hashtag #jenaipasportéplainte sur Twitter (30 mars 2012).

Lire la suite : pasdejusticepasdepaix

Par Sandrine Goldschmidt et Muriel Salmona – www.slate.fr

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Queer Spirit

Naissance du blog Queer Spirit

« C’est parti d’une idée de reportage kaléidoscopique sur sa vie, celle des avatars et des humanoïdes qu’elle croisait dans les bars, les boîtes, les blogs, les forums, sur Facebook, My Space ou dans Second Life. Daria voulait comprendre ce qui lui arrivait quand elle fabriquait son univers en tapotant sur un clavier ou en promenant une souris verte ou bleue jusqu’au bout de la nuit, quand elle volait d’une histoire de sexe à une autre… Elle voulait surtout ralentir le mouvement, savoir quand s’arrêtait la vraie vie et quand commençait l’autre…
Mafalda lui a suggéré de créer un blog anonyme et de rédiger son journal intime en ligne pour s’y poser quotidiennement, raconter ses rencontres, ses découvertes et peut-être trouver des réponses à ses questions… Elles en ont parlé jusqu’au petit matin et puis Mafalda a donné le jour à Queer Spirit en quelques clics… C’est Daria qui a suggéré ce titre, en référence au Teen spirit de la chanson de Nirvana repris par Virginie Despentes pour l’un de ses romans et c’est Maf qui a trouvé son pseudo : La Souris Déglingos , un hommage à un groupe punk qui existait bien avant que la souris informatique soit inventée.
Elles bossent ensemble depuis ce jour. Quand Maf repère une arnaque, Daria se charge de diffuser l’info sur son blog. Il lui arrive aussi d’intervenir In Real Life, comme ce soir, mais c’est plus rare… Malgré les risques que ça implique, la journaliste adore ça. C’est dans ces moment là qu’elle a vraiment l’impression d’être utile, quand la vraie vie rejoint l’autre… »

Extrait #Jenaipasportéplainte – Marie-Hélène Branciard – P.38.

 

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Crazy Betty

Lip Service Serie

J’attends Betty, rencontrée sur Gayvox. Elle m’a donné rendez-vous dans ce pub assez classe de Saint-Germain-des-Prés. En l’attendant, je commande un Hemingway spécial sur la carte. Un truc plutôt costaud à base de rhum, de citron, de pamplemousse et de marasquin. Je l’ai choisi pour son nom qui me fait automatiquement penser à Scott Fitzgerald. Je demande au barman s’il existe une boisson baptisée ainsi… Non. C’est pourtant évocateur comme nom de cocktail : un Dry Fitzgerald ou un Crazy Zelda, si possible à base de Gin et qui me laisserait hagarde, au bord du gouffre, avec des confettis plein les cheveux…
Betty me tape sur l’épaule. « Oui, c’est bien moi Carson. » Ce soir, j’ai sorti mon avatar intello, celui qui porte le prénom de l’écrivaine McCullers. Même s’il n’y a que moi qui pige l’allusion, ça me donne une contenance. 

Je commande un Dry Fitzgerald ou un Crazy Zelda, si possible à base de Gin et qui me laisserait hagarde, au bord du gouffre, avec des confettis plein les cheveux…
J’observe Betty qui commande une vodka. Avec son tailleur noir, ses hauts talons et sa coupe au carré, on dirait un peu Sadie, l’agente immobilière dans la série Lip Service. Elle a un nez un peu grand, busqué et des cils tellement longs qu’ils doivent être faux. Elle vide son verre d’un trait et en commande un deuxième. « Oui, j’en prendrai aussi un autre. ». Elle allume son e-clope et lance un jet de fumée bleue qui me caresse la joue comme une promesse… ou une menace. Son regard noir ne se pose jamais longtemps, il flirte avec tout et ne se contente de rien. Betty est complètement défoncée. J’hésite un peu avant de la suivre chez elle mais l’alcool balaye mes inquiétudes. Dans le taxi, j’envoie quand même un SMS à Mafalda, au cas où.
Betty est Directrice commerciale. J’ai réussi à lui tirer quelques mots avant qu’elle sniffe goulûment sa coke et qu’elle m’entraîne dans un immense lit défait. « On s’en fout de ma vie, viens ! »
Je la laisse mener la danse. Peu importe, je suis trop pétée pour diriger quoi que ce soit. Elle me fait descendre sur son corps lisse, pâle, un peu trop parfumé. Mes lèvres entrouvrent les siennes. Son sexe affamé aspire ma langue. Ses longs doigts, araignées maigres et blanches, s’enchevêtrent dans mes cheveux. Je remonte à la surface et je me perds dans les draps mous.
Betty me rattrape, se colle à moi et se finit en chevauchant ma jambe. Elle se laisse tomber à mes côtés et s’endort. J’observe son corps, mince et musclé.
Elle doit passer des heures à courir sur un tapis dans ces espaces fitness où galopent à blanc tout un tas de traders surexcités. Je pose une main légère sur le triangle en poils roses de son pubis. C’est la première fois que je vois cette teinture Downstairs Dye en vrai. Plutôt joli. Je sors péniblement du lit, ma tête tourne mais je ne veux pas dormir dans cet appart’. Je récupère mes affaires et je me rhabille. Avant de partir, je prends une photo à l’arrache, avec mon téléphone. Dans le taxi qui me ramène, je regarde la photo et je sursaute: Betty a les yeux grands ouverts et me fixe d’un air mauvais. C’est le seul moment de la soirée où j’ai capté son regard et il me fait froid dans le dos…

Nouvelle « Crazy Betty » de Shane Zooey sélectionnée pour le prix Printemps 2014 de Short Edition.