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Wild little mermaid

Tu croises Anita à la sortie du So What…

Tu la connais vaguement : amie d’une amie, rencontrée dans un vernissage. Perchée sur ses tacones lejanos, complètement défaite, cinq ou six ballons de baudruche accrochés à son sac, elle essaye vainement d’attraper un taxi tout en chantonnant The End of The Story d’Héléna Noguera… « I will never know the end of the story… I will… never mind… cos if I mind… ». Alors qu’elle entame une vague chorégraphie, tu lui proposes de la raccompagner… « Ouiiiiiiiiiii, tu me plais toi ! Elles sont trop bien tes shoes ! Tu veux un ballon ? » Tu mets trois plombes à trouver un taxi qui veuille bien vous amener à Montreuil. À l’arrivée, Anita se vautre en se prenant les pieds dans la ceinture de sécurité. Le type du taxi balance « Bien fait pour sa gueule ! » avant de démarrer en faisant couiner ses pneus. Rancunier le type. Il est vrai qu’entre deux chansons, Anita a bien cramé le siège arrière de sa bagnole…

A peine rentrée chez elle, elle attrape sa télécommande et lance un dessin animé porno sur son home cinéma. Une sirène aux longs cheveux roux se fait baiser par une grosse pieuvre bleue aux cheveux blancs. Couchée sur une épave de bateau pirate, échouée au fond d’une mer transparente, le monstre et la sirène s’en donnent à cœur joie. Tu t’y croirais presque… Tu t’installes devant l’écran pendant qu’Anita envoie valdinguer ses talons aiguilles et redevient une toute petite nana. Elle rejoint sa chambre en se cognant un peu partout et disparaît… Sur le home cinéma la sirène n’en finit plus de jouir entre les tentacules bleues d’une improbable goudou des mers. Tu te laisses embarquer…

Queer Spirit – Shane Zooey – Juin 2013.

Helena Noguerra – The end of the story- Album « Année Zéro »

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Les monstres sont comme le bruit de fond…

CYCLOPE

Browning and his cast

Il paraît que les monstres sont ce que les autres ne veulent pas être ? Tu t’intéresses depuis longtemps à ce mot : monstre, monster, streum… Il y a une citation de Michel Foucaud* que tu n’as jamais totalement comprise mais qui te titille : « Les monstres sont comme le bruit de fond, le murmure ininterrompu de la nature… »

Attraction… répulsion… Tu les cherches, tu les fuis… mais c’est trop tard : ils ne te lâchent plus ! Ils sont là, comme une ombre, un reflet aux pouvoirs magnétiques…  Il faut croire que tu es en eux comme ils sont en toi. Mal réveillée, mal fagotée, mal épilée… tu les aperçois de temps à autre, quand tu te croises dans une vitrine ou un miroir dérobé…

Hier, au True Women, l’un d’entre eux s’est assis à tes côtés : Françoise, un mètre quatre vingt, des cheveux longs, blonds, un visage ingrat, défiguré par l’acné… Un mélange étrange d’homme et de femme, sans qu’on arrive à savoir quel sexe pourrait prendre l’avantage… Et puis, une voix, si douce… un contraste surprenant entre cette voix et ces épaules carrées, entre les bijoux en or, les fines boucles d’oreilles et la lourde mâchoire griffée de cicatrices…

Elle parle à toute vitesse, contente de vider son sac, en jetant des regards méfiants derrière elle. Un instant, tu imagines qu’elle vient de s’échapper d’une expo de Patricia Piccinini et qu’ils sont à sa poursuite… Elle te dit que dans la rue, les gens la regardent avec insistance, se retournent parfois sur elle après l’avoir croisée. Le plus difficile à assumer, ce sont les réactions des enfants qui lui demandent à chaque fois : « T’es un garçon ou une fille ? » Une question qui l’angoisse, qu’elle sent venir et à laquelle elle doit répondre depuis toujours. La plupart des adultes n’osent pas la poser mais elle est gravée dans leurs regards. « Des fois, j’ai l’impression d’être un cyclope… »

« Journal d’une blogueuse dérangée » (extrait) – 7 juillet 2015 – Le Zaporogue XVII.

* Michel Foucault – Les mots et les choses (Une archéologie des sciences humaines). Gallimard – 1966.

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Journal d’une blogueuse dérangée…

Le Zaporogue XVII – 2016 – Journal d’une blogueuse dérangée
Appel à textes, photos, art, illustrations, photographies pour la revue Le Zaporogue créée par Sebastien Doubinsky.

CŒUR SOLITAIRE

Tu traverses le gigantesque centre commercial de banlieue. Sur tes oreilles des écouteurs chromés, dans ta tête une électro qui pousse comme une grosse fleur au rythme de ton cœur solitaire et désaccordé. Tu grimpes avec un escalator rutilant au sommet d’un temple de verre. Hypnotique, implacable, See you all te vrille les neurones… Toi aussi tu peux tous les voir de là-haut, tous ces Hubots lâchés en bandes qui pourraient bien profiter d’un jour de solde pour s’entretuer…
Tu vas retrouver une certaine Nolwen. C’est elle qui t’a imposé ce lieu de rendez-vous en plein après-midi. Tu l’as rencontrée sur Facebook, là où passent tant d’amis, cloués sur ton Mur comme des papillons électroniques collectionnés sans amour…

Lire la suite en téléchargeant gratuitement Le Zaporogue XVII.
Avec Jerry Wilson, Shane Zooey, Anne Krautwald, Olga Theuriet, Marcus Aurelius Littler, Laurent Maindon, Manu Rich, Charles Marko, Franck Balandier, Simone Rinzler, Carole Cohen-Wolf, Amit Ranjan, Márcia Marques-Rambourg, Dominic Albanese, Tom Bluespoet, Fabrice Magniez, Murphy Halliburton et Andréas Becker.

 

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Vies blanches – Le Zaporogue XVI

Le Zaporogue XVI – 2015 – Vies blanches – Le jour & La nuit.
Appel à textes, photos, art, illustrations, photographies pour la revue Le Zaporogue créée par Seb Doubinsky.

LE  JOUR

« Bâtardes … Hermaphrodites… Dégénérées… »

Elle arrache son casque, lâche la manette et se fige. Les mots se sont enfin posés… Sur son Home cinéma, Arya Stark traverse péniblement un territoire dévasté. Accrochée à son épée, La Belette attend comme un bête avatar en panne qu’elle veuille bien l’aider. Elle s’en détourne pourtant. Posé sur son lit, un petit ordi somnole en ronronnant. Elle le réveille sans scrupule en posant ses deux mains sur le clavier encore chaud…

« Casquées de bruits et de fureur / Elles traversent le temps / Le soleil est en deuil / Il neige sur les écrans fêlés / De leurs vies blanches… »

Elle ferme les yeux, s’étire, secoue la tête et lance un SOS à la nuit qui colle aux immenses baies vitrées…

« Bâtardes…
Hermaphrodites…
Dégénérées…
Perchées sur leurs clouds
Casquées de bruits et de fureur
Dans leurs armures 3D
Elles ont tout oublié…
La clé des mots clés
Le tag des hashtags… »

Lire la suite en téléchargeant gratuitement Le Zaporogue XVI.

 

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On ne se sauve pas du chagrin

Le ciel et le sable – Tara Lennart

Chronique de Shane Zooey – Mai 2014

Tara Lennart - Le ciel et le sable Le truc infaillible pour dire que j’ai aimé c’est que j’ai eu envie de savoir la suite et vite ! Donc, ça, c’est sûr. Envie de plonger dans ces nouvelles, dans Jocelyne (l’histoire hein, pas la meuf !) et dans Le ciel et le sable… Nouvelles noires noires noires dont les hashtags pourraient être #mégots #chagrin #fantômes #souvenirs #alcool #pédé #raté #bière #province #pute #bascontrelesvarices.

Des fois on sent que Tara Lennart pourrait être tous les personnages, mec ou fille : il y a de la sincérité, du vécu qui transparaît (même si elle tient à préciser qu’elle n’a jamais testé la prostitution sur les aires d’autoroutes). Pourtant, on dirait…

Lire la suite sur L’ivre de Lire

Tara Lennart – Le ciel et le sable – 2014
E-FRACTIONS éditions

http://e-fractionsdiffusion.com/le-ciel-et-le-sable-suivi-de-jocelyne/

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Un chardon à fleur de peau

S_Zooee_Ma barricade« Je suis maintenant sur la voie de moi-même,
un gros insecte dont les yeux exorbités constatent,
avec effroi, avec jubilation, le début d’une mue
inexorable. J’ai révoqué convenances et hésitations ;
même si je sens encore la peur, j’ai commencé ma marche. »
Elemo Drop – Ma Barricade

Queer et dyslexique…

Ce livre, c’est aussi SA Barricade à Thierry, là où il empile tout ce qui le fait : l’incompréhension, les frustrations, les obstacles ; là où il raconte les robes prêtées par les copines, les nuits pleines d’effusions factices et de multiples abandons ou les ateliers d’écriture qu’il anime…

Là où il retrouve « Des perles montées de la rue… la démarche altérée par les talons et la fatigue… les poitrines factices ou hormonales. Et plus que tout, la farouche volonté nourrie de désarrois insondables. Leur poésie amère, capiteuse ; hermétique aux communs, impudemment offerte aux écorchés vifs. »
Celles en qui il se reconnaît vraiment…

Le chardon tatoué qui grimpe dans son cou et sur lequel se posent quelques sourires de loup LE protège en LA démasquant. N’importe quelle brute peut écraser le fragile symbole d’un coup de talon mais personne n’arrivera à effacer l’image, le sens obscur, lointain, dangereux que lui donne la puissance du rêve. « Chardon fleuri de condamné », Barricade de fortune et « signe public, historique de réprobation » qu’il laisse entrevoir en classe, à ses élèves, avec ses petits bracelets, son mascara, ses cachemires, sa poitrine. Prêt à affronter tous les regards, à bousculer les consciences.

Ma barricade raconte tout cela avec une belle et singulière écriture. Une écriture forgée par la déesse Myslexie, celle que l’auteure nomme La Démone, qui prend souvent le pouvoir, encourage la fantaisie et permet de mieux exprimer la révolte. On suit la lutte permanente pour vaincre l’écriture, se construire un corps, s’imposer dans la société…

Parti de loin Thierry ira loin aussi… apprenant à dompter l’écrit et à marcher avec des talons hauts pour escalader les marches de l’agrégation… Le petit garçon « blotti, gauche; perdu des heures dans la contemplation du clocher biscornu de Solre-Le-Château, son premier ami queer » a fait du chemin…
Quand la France gronde et se déchire à propos du mariage pour tous, il rejoint ses autres amis queer. Ensemble, bandonéon en bandoulière, ils vont poursuivre la lutte, essayer de renverser d’autres barricades, tenter d’effacer « l’hostilité sourde, immense, permanente qui menace, réprime, étrangle toute forme d’inversion, toute. »
Des luttes qui laisseront leurs traces…

Shane Zooey – Mai 2014

Elemo Drop – Ma Barricade
Lulu.com – Janvier 2014
http://www.lemodrop.com