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Rachid Taha – Le raï est né dans la région d’Oran, comme moi.

Rachid Taha – Rock El Casbah – Earthboom

Rachid Taha – Now or Never feat. Jeanne Added – RachidTahaOfficial

Interview d’Anne Berthod pour Télérama 28/01/2016

« Le raï est né dans la région d’Oran, comme moi : quand j’étais môme, ma mère le chantait à la cuisine. J’adorais l’accompagner au hammam, où jouaient les medahettes, des orchestres féminins avec bendir et darbouka. Mon père, lui, écoutait le raï masculin, en se tapant des bouteilles de rouge avec ses potes sous les oliviers : on était dans les années 60, à la campagne, et il n’y avait pas de bistrot. Ce raï des champs était un blues de berger, qui parlait d’amour et de solitude. »

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Frondeuse, puérile, attachante, Shane Zooey, mon avatar et âme sœur…

Alice Pieszecki et Shane McCutcheon

J’ai commencé à écrire #Jenaipasportéplainte en 2010. J’avais terminé mon premier roman, Les loups du remords et il m’avait fallu du temps pour repartir sur un nouveau projet tout en continuant à améliorer mes « Loups » et à les renvoyer mordiller les éditeurs…
Pour ce deuxième texte, j’ai décidé d’emblée d’écrire sous pseudonyme. Je voulais être libre d’explorer ma vie et mon identité. Et puis j’avais envie de tester d’autres formes d’écriture et d’échanges qui se pratiquent sur Internet et les réseaux sociaux. J’ai d’abord été tentée par un blog, sur lequel j’aurais pu me poser quotidiennement, mais j’ai finalement opté pour le polar.
J’en étais à ce stade de ma réflexion quand je suis tombée sur Shane Zooey ! Frondeuse, puérile, attachante, parfois pénible, l’avatar de Shane McCutcheon (1) – personnage fictif créé pour la série télévisée The L Word -, est devenu mon alter-ego virtuel.
Dès 2011, face à son insistance, j’ai dû lui ouvrir une page Facebook, un fil Twitter et un Scoop.it. C’est là qu’elle a commencé à se faire un nom… Spécialiste de la Littérature queer,  mon âme sœur publie ses impressions, parle des livres, films et séries qu’elle aime, tchate avec d’autres personnages plus ou moins réels et publie quelques textes : Vies blanches et Journal d’une blogueuse dérangée dans Le Zaporogue ; Crazy Betty pour le prix Printemps 2014 de Short Edition. Shane a également publié deux mini-chroniques littéraires : On ne se sauve pas du chagrin pour Le ciel et le sable de Tara Lennart et Un chardon à fleur de peau pour Ma Barricade, le roman d’Elemo Drop.

Assez vite adoptée par Shane et tous mes nouveaux amis virtuels, j’ai certes frôlé la schizophrénie, mais j’ai surtout pu lâcher mes coups et donner un sens à un monde qui m’échappait. Shane a permis de mettre un peu d’ordre dans le foutoir qu’il y avait dans ma tête. Avec elle, j’ai traîné sans culpabilité sur le web, j’ai testé des jeux, je me suis fait (un peu) peur… Mais, chaque jour, comme encouragée par ce double désinvolte et inventif, j’ai pu me remettre à mon ouvrage. #Jenaipasportéplainte serait différent sans elle…

La page Facebook de Shane Zooey, son fil Twitter et son Scoop.it.

(1) Personnage joué par Kate Moennig (Ray Donavan) créé par Ilene Chaiken pour la série télévisée The L Word (photo ci-dessus, avec Alice Pieszecki).

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Virginie Despentes, un style taillé dans le roc(k) !

« Il y a peu de voix comme celle de Virginie Despentes en France. Un style taillé dans le roc(k), une plume acérée, un humour au napalm et une bonne dose de réflexion politique déguisée en provocation punk. On pourrait, maladroitement et en alignant ainsi les poncifs, tenter de résumer l’ouragan Despentes, la tempête trash et féministe qu’elle fait souffler sur la littérature française depuis le milieu des années 1990. On pourrait. On pourrait aussi songer au frisson de subversion qui a parcouru notre peau à la lecture de Baise Moi, et souhaiter que tout le monde le ressente. Même si en vrai, le frisson était une droite en pleine face. »

Vernon_Subutex(…) « Pourquoi c’est bien ? Parce que personne n’a eu les bollocks d’écrire comme elle en français et qu’elle dit ce qu’elle a à dire sans s’embarrasser de la bienséance. (…) Elle se fait le scribe polymorphe d’une époque, mais plus encore : des gens. Des gens qui constituent l’époque et se battent avec son chaos. »

Tara Lennart – 3 mars 2016 – Petit précis littéraire pour briller en société : Virginie Despentes – Diacritik

Extrait

« Il ouvre une bière et fait le tour du propriétaire. C’est une maison de parents, avec plein d’objets inutiles dedans, des choses qu’il n’imaginerait pas acquérir. Xavier a tout compris à la vie : il lui faut trouver une meuf qui ait de l’argent. Avant ils étaient jeunes ils voulaient des guerrières, des bêtes de sexe, des meufs bâties comme des créatures de rêve, ils voulaient du rock’n’roll et des chiennasses qui ne pensent qu’à ça, ils voulaient des bombasses, des pécheresses averties et des amazones qu’on soumet au pieu. On s’en fout de tout ça, en vieillissant. L’important, il a mis du temps à s’en rendre compte, c’est une meuf livrée avec un appartement comme celui-ci, des week-ends prolongés au soleil et l’état du frigo qui va avec. »

Vernon Subutex, 1 – Virginie Despentes – Éditions Grasset – 2015

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Je suis sûre que la créativité est du côté de la santé. Jeanette Winterson

Je lisais donc Les Années-chien au lit, et une voix extérieure – et non dans ma tête – a dit : « Lève-toi et mets-toi au travail. »
Je me suis habillée sur-le-champ. Je suis allée dans mon studio. J’ai allumé le poêle à bois, me suis assise enveloppée dans mon manteau car la pièce était glaciale et j’ai écrit – Cela a commencé comme toutes les choses importantes – par hasard.
Durant les jours qui ont suivi, j’ai écrit un livre pour enfants intitulé The Battle of the Sun.
Winterson_Jeanette

Chaque jour, je me mettais au travail sans idée de plan ni intrigue, mais simplement pour voir ce que j’avais à dire.
C’est pourquoi je suis sûre que la créativité est du côté de la santé. J’allais me remettre, et j’ai commencé à me remettre grâce au hasard du livre.
Il n’est pas surprenant qu’il s’agisse d’un livre pour enfants. La créature démente au fond de moi était une enfant perdue. Elle voulait qu’on lui raconte une histoire. L’adulte en moi a dû la lui raconter.
L’une des premières choses à s’être inventées dans ce nouveau livre était la Créature Coupée en Deux.

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? Jeanette WintersonÉditions de l’Olivier – 2011.

 

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Seigneur Jésus, un crayon ! – Philippe Djian

crayons« Je ne peux te décrire l’émotion que j’ai ressentie. Du papier, un crayon – Seigneur Jésus, un crayon !! -, j’ai dû m’asseoir. Je crois que mes oreilles ont bourdonné un instant. Merci. Mille fois merci. Je l’ai montré aux autres. Ils ont hoché la tête durant cinq minutes. C’est toujours un événement. C’est toujours une joie – même si ça crée des tensions entre nous, comme tu peux l’imaginer. Michel en a reçu il y a une quinzaine de jours – une rame entière, Clairefontaine, à peine jaunie – et il en est encore de bonne humeur aujourd’hui. (…) Il y avait combien de temps que je n’avais pas vu une mine de crayon ? Quelle beauté. Je ne me souvenais plus comme l’écriture brillait sur le papier, je ne me souvenais plus du bruit sur la feuille, dans le silence. Je vais lâcher ma tablette et reprendre l’écriture à la main à partir d’aujourd’hui – jusqu’à épuisement des cartouches, jusqu’au dernier morceau de papier, jusqu’au dernier bout de crayon, je te jure de profiter au maximum de l’oxygène que tu me donnes, et tu sais à quoi ça tient. Tu sais à quoi ça tient d’écrire un livre. »

Pour raconter comment il imagine les vingt-cinq années qui arrivent, Philippe Djian écrit une lettre à sa fille – Philippe Djian, écrivain résistant (Les Inrocks 830, 27/10/11) – philippedjian.com

 

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Prépare-toi à t’enfoncer loin dans la forêt – Marie Van Moere

« It’s only rock ‘n roll but I like it »

it_s_only_rocknroll« Alors restons dans le thème du deuxième roman (deuxième étant un sous-ensemble de roman, bien sûr). Je parlais de la nouvelle un peu plus tôt. Je ne sais plus quel écrivain disait que si tu as une nuit, tu as une nouvelle. Avec le roman, t’as intérêt à prendre un big appel d’air pour te préparer à une longue apnée. Si tu préfères les images sylvestres, prépare-toi à t’enfoncer loin dans la forêt parce qu’il faut que tu ramènes la peau de l’ours (que tu ne vendras pas) après en avoir mangé le foie sous la voûte céleste. Bref. Mentalement et physiquement, écrire un livre c’est quelque chose. »
(…)

« Donc, tu réfléchis plus à ton art lors du deuxième roman mais pas vraiment à ta manière de faire, d’écrire, de vivre l’écriture de ton livre parce que de ces belles volontés totalement intégrées à toutes tes identités, l’irréductible dénominateur commun à chacune, c’est le désir désir désir désir désir désiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiir. »

Lire l’article complet sur le blog de Marie Van Moere

 

 

 

 

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J’ignorais que les mots pouvaient dire le réel – Philippe Besson

Son frère

Son_frere« Le 21 août
Je ne me remets pas à l’écriture de mon deuxième roman. Voilà six mois que je n’y ai pas travaillé. Les mots du livre se sont interrompus d’eux-mêmes, quand la maladie a surgi dans nos existences. Tout à coup, cela a été impossible de continuer dans l’enchantement de l’écriture, dans le bonheur des histoires inventées. Cela m’aurait semblé une indécence. Et puis, surtout, la réalité a pris toute la place et chassé l’imaginaire. Les mots, ils ne peuvent plus servir qu’à dire cette réalité, pour tenter de l’éloigner un peu ou de la contenir. Depuis six mois, lorsque je m’assois devant le clavier, c’est de la maladie dont je souhaite parler, c’est d’elle uniquement dont je puis parler. Alors, j’ai fait ça, abandonner le roman en train de se faire, et j’écris à propos de Thomas, je raconte la vérité pour la première fois, je suis dans le réel. J’ignorais que les mots pouvaient dire le réel. »

Philippe Besson – Son frère – Janvier 2004 – Pocket.

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Casquées de bruits et de fureur…

« Bâtardes … Hermaphrodites… Dégénérées… »

La DJ arrache son casque, lâche la manette et se fige. Après tous ses efforts pour pondre un texte qui dirait enfin ce qu’elle ressent, les mots se sont posés. On dirait qu’ils attendaient qu’elle lâche l’affaire, qu’elle se plonge dans ses jeux vidéo pour émerger. Elle ne sait pas trop pourquoi, mais cette fois la musique ne suffit plus. Elle a envie de dire, d’hurler… et ces trois petits mots vont lui ouvrir la voie.
Sur son Home cinéma, Arya Stark traverse péniblement un territoire dévasté. Accrochée à son épée, La Belette attend comme un bête avatar en panne qu’elle veuille bien l’aider. DJ Amy s’en détourne pourtant : Game of Thrones attendra…
Posé sur son lit, un petit ordi somnole en ronronnant. Elle le réveille sans scrupule en posant ses deux mains sur le clavier encore chaud… Les paroles coulent sans effort :

Casquées de bruits et de fureur
Elles traversent le temps
Le soleil est en deuil
Il neige sur les écrans fêlés
De leurs vies blanches…

Elle ferme les yeux, s’étire, secoue la tête et lance un SOS à la nuit qui colle aux immenses baies vitrées… Dehors Londres bouillonne. Il faut faire le vide, revenir à ces trois mots qui ont surgi comme par magie…

Bâtardes… Hermaphrodites… Dégénérées…
Perchées sur leurs clouds
Casquées de bruits et de fureur
Dans leurs armures 3D
Elles ont tout oublié…
La clé des mots clés
Le tag des hashtags…

Extrait #jenaipasportéplainteMarie-Hélène BranciardÉditions du Poutan – P12

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Street-art breaks the conspiracy of silence

streetart_jenaipasporteplainteIls sont cinq, alignés devant l’immense mur. Ils ont préparé les panneaux numérotés qu’ils encollent avant de les passer à Fifi. Daria est impressionnée par l’organisation. Excepté le froissement du papier et les seaux de colle qui heurtent parfois le sol ou le mur, les street-artistes œuvrent dans un silence parfait. Derrière elle, Zabou enregistre la scène. Elle se déplace avec agilité le regard bloqué sur son écran de contrôle. Sous leurs yeux, la fresque prend forme à toute allure. La journaliste la découvre pour la première fois. Elle sait que d’autres équipes d’artistes sévissent au même moment dans plusieurs quartiers de Paris et dans toutes les grandes villes d’Europe. A Porto, Berlin, Édimbourg… des artistes de tous horizons dénoncent le silence et l’hypocrisie de l’Église face à la pédophilie de ses prêtres.
Tout a été minutieusement préparé depuis des mois. Daria n’est qu’un minuscule rouage dans la machine à dénoncer mais elle prend son rôle très au sérieux. Elle a été recrutée par Zabou qui connaît son travail et les articles qu’elle écrit, principalement pour Têtu. La jeune journaliste est chargée de rédiger un texte qui sera lu en voix off. Elle balance quelques phrases dans son dictaphone mais elle sait qu’il ne sera pas nécessaire de les réécouter. Ce qui se passe sous ses yeux est tellement fort qu’elle n’aura qu’à s’installer devant son clavier pour que tout se mette en place…
Tout à l’heure, JP lui a expliqué comment tout est parti de Fifi, le créateur de cette fresque qui a griffonné plusieurs ébauches dans son black-book. Ils en ont ensuite choisi une avec Zabou, avant de l’envoyer aux organisateurs de cette opération. Ils sont une dizaine d’équipes sur Paris et sa banlieue qui ont été sélectionnés et qui collent ou qui bombent cette nuit. Demain matin, les parisiens, tout comme les londoniens ou les barcelonais… découvriront leurs œuvres. Dès l’aube, des tweets et des SMS seront envoyés aux principaux médias pour qu’ils puissent dépêcher leurs reporters avant destruction des fresques… Quoi qu’il arrive, une armée de vidéastes est au travail pour immortaliser cette nuit et briser le silence dans toutes les grandes villes d’Europe. C’est pour cela qu’ils sont tous vêtus de noirs et qu’ils portent des bonnets ou des capuches, de grosses lunettes et des masques de protection. Dans son armure noire, Daria a l’impression de participer à une guérilla urbaine. Ce matin, ils ont repérés les lieux. Ils savent tous ce qu’il faut faire au cas où les flics rappliqueraient. La journaliste se prépare à se débarrasser de son smartphone et à courir pour leur échapper. D’autres membres de l’équipe sont postés tout autour du quartier, prêts à les alerter si un véhicule suspect arrive dans leur direction. Fifi a presque fini. Alors que ses aides rangent les seaux de colle et les balais, il sort une bombe de peinture noire pour accentuer certains détails et colle enfin un grand bandeau sur lequel on peut lire : “Street art breaks the conspiracy of silence.” Zabou s’est perchée sur le toit de la fourgonnette pour avoir une meilleure vue d’ensemble. Daria sort son téléphone et prend en photo l’œuvre qui s’étale désormais sur l’immense mur d’immeuble. Elle est scotchée par la force et la violence qui en émane. Une ligne de prêtres zombies, comme sortis de Walking dead, avance inexorablement à la poursuite de minuscules enfants de chœur. Le visage déformé par la peur, les gosses tentent de leur échapper mais se prennent les pieds dans leurs aubes…
Les autres colleurs imitent Daria et quelques flashs illuminent la nuit. Les visages masqués s’éclairent l’espace d’une seconde… Puis JP donne le signal du départ. Direction République où un autre mur les attend.

Extrait #jenaipasportéplainteMarie-Hélène BranciardÉditions du Poutan – P10