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Quand j’étais Jessica Jones – MH Branciard – Trophée Anonym’Us

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QUAND J’ÉTAIS JESSICA JONES

Je me réveille, il fait nuit. Une lune édentée ricane entre les barreaux. Des portes claquent au bout du couloir. J’attrape l’iPod et j’envoie Metallica exterminer leurs sales bruits.

J’ai encore rêvé. Dès que je m’endors, la scène se reproduit à l’infini. Je me vois dans le miroir de ce faux Saloon, encore plus pâle que dans la vraie vie, mes longs cheveux noirs lâchés, le regard sombre, un rouge à lèvre trop rouge, trop épais, comme mis à l’arrache. J’ai toujours les mêmes fringues : un perf qui a vu toutes les guerres depuis Blitzkrieg Bop des Ramones, un jean, des bottes de motard. Mon armure trouée mais qui me protège un peu. Bobby règle un des projos, il me fait signe d’avancer. Il a de larges épaules, une tête ronde, un sourire gourmand. Il me regarde comme une friandise, me fait rouler un instant dans ses yeux et je sens le rouge à lèvres fondre à distance. Derrière lui Power Girl, Miss Hulk, Wonder Woman, Bat Girl et Super Jaimie attendent leur tour. Elles vont perdre et je vais gagner, comme à chaque fois. À part Cat Woman qui me fait un peu d’ombre, les autres ont du mal à tenir la distance. Derrière la caméra Norman se la joue. Super Nono, le producteur de cette belle émission, dans son costard sur mesure qui n’arrive pas à masquer son gros derrière et ses jambes trop courtes.

J’ouvre les yeux : retour brutal à la réalité. Un jogging gris informe pendouille sur une chaise en attendant mon réveil. L’ignorer… pour quelques heures. Si un jour je m’en sors, je ne mettrais plus jamais de survêtement. Au moins dans mes rêves, je retrouve mes fringues de Jessica Jones, celles qui ont fait de moi l’actrice la plus courtisée du PAF. Du moins, c’est ce que je croyais…

J’ai toujours rêvé d’être une actrice. Enfin non… ça a débuté un été pluvieux dans le Limousin quand j’avais une quinzaine d’années. Abandonnée chez ma grand-mère le temps des vacances, j’ai découvert un stock de vieilles cassettes vidéo dans l’ancienne chambre de mon père. C’est là, dans cette piaule à l’odeur de moisi que j’ai pris ma première claque : Mauvais sang. Plus rien d’autre n’avait d’importance. J’étais Alex, électrique, folle amoureuse, je courais à perdre haleine en gesticulant sur Modern Love et la caméra pouvait à peine me suivre. C’est dans cette vie-là que je voulais habiter. J’ai savouré chaque film. Je me repassais certaines scènes pour apprendre les dialogues par cœur ou juste pour le plaisir. Out of Africa, je crois que je l’ai vu dix fois. J’aurais voulu éjecter Meryl Streep et m’installer pour toujours avec Redford dans son petit avion. On aurait baisé là haut, intensément, en traçant des loopings parfaits dans les ciels africains.

À partir de là, j’ai tout donné pour réussir. J’ai décroché mon bac de justesse et j’ai tout de suite enchaîné les boulots pouraves : ménages à l’aube dans les bureaux de La Défense, serveuse dans des bars de nuit et dans des fast-foods, testeuse de produits, téléprospectrice pour vendre des assurances ou des crédits… Tout ça pour me présenter à des castings la journée et me payer des cours de comédie. J’avais une pêche d’enfer.
C’est à cette époque que j’ai rencontré Fred. Il était mon chef à l’agence de télémarketing. Il était cool par rapport aux autres chefaillons qui en avaient bavé pour devenir superviseurs et qui se vengeaient sur le petit personnel. Et puis il était joli, grand, mince, blond, aussi sexy que Brad Pitt. Je pouvais pas résister. On a eu Nils assez vite, c’était pas du tout programmé. On s’est mariés quelques années plus tard, comme des cons. On s’aimait pas assez mais on a cru que cette petite merveille de gosse nous souderait. Tu parles !
J’ai tenu des années, à courir après de grands rôles que je n’obtenais jamais. Mais je lâchais rien. Je faisais de la boxe française, je courais et je nageais dès que je pouvais. J’étais une bombe. Et puis… et puis les petits rôles encourageants, mais terriblement frustrants se sont enchaînés : la fille bien foutue, à peine floue, qui passe dans la rue derrière Sophie Marceau et Lambert Wilson, l’infirmière pressée qui donne un peu de réalité au décor d’hôpital… Je recevais aussi pas mal de propositions pour faire des pubs. J’ai même eu mon heure de gloire avec Findus, un spot où je donnais la réplique à Valérie Lemercier. J’étais toujours à deux doigts de réussir.
Avec Fred c’était l’enfer. Il me reprochait de ne pas raccrocher. D’après lui, j’aurais dû me résigner, faire une croix sur ce métier. Il me prédisait un avenir de rêve dans la téléprospection et il comptait bien me pistonner pour que je passe superviseuse de centre d’appels. Ça me permettrait d’avoir des horaires réguliers et de m’occuper enfin de ma famille. J’en bavais d’impatience.
On a divorcé et il a eu la garde de Nils. Ce qui était logique, c’est lui qui s’en occupait le mieux. J’ai fait passer ma carrière avant mon gosse. Je m’en veux pour ça et je m’en voudrais sans doute toute ma vie, mais ça faisait trop longtemps que je galérais pour décrocher un rôle intéressant. Je pouvais pas renoncer, pas encore…
C’est plus tard que j’ai commencé à picoler et à prendre des trucs. Quand j’ai senti au fond de moi-même que c’était cuit. Je continuais à faire du sport et à m’entretenir mais je craquais de plus en plus sur l’alcool et sur la coke. Je traînais avec Sofia et Marilyn, deux autres reines de la figuration. On se retrouvait de castings en castings et on allait ensuite noyer nos déceptions dans les bars où il était soi-disant bien de se montrer.
Je voyais souvent Nils, les mercredis, pendant les vacances scolaires et un week-end sur deux. On se marrait bien. Je lui ai offert une guitare électrique pour ses dix ans et un pote musicos venait lui donner des leçons. Je l’entendais massacrer I can’t get No en boucle et même si je me plaignais pour la forme, j’adorais ça. On allait souvent au ciné. Avec mon job je récupérais plein de places pour des avant-premières. Ça se passait plutôt bien entre nous mais son père n’appréciait pas trop « la vie de bohème » que je lui faisais mener. Pfffffff… La vie de bohème ! Même Aznavour devait plus parler comme ça…

J’ai postulé à Marvel Story grâce à une petite annonce affichée dans l’entrée du club de boxe. J’ai fait ça pour rigoler. Enfin je sais pas trop… je commençais déjà à pas mal dérailler à cette époque. J’ai été retenue et j’ai signé dès que j’ai su que j’aurai le rôle de Jessica Jones. J’étais sacrément fière de reprendre le personnage joué par Krysten Ritter. Au début, j’ai pensé qu’ils m’avaient choisie pour mon corps de rêve et ma condition physique. J’ai vite déchanté en découvrant le reste de la troupe, une bande d’actrices sur le retour mais suffisamment en forme pour rentrer dans les costumes et enchaîner les épreuves sans trop en baver.
On s’entraînait la semaine et l’émission avait lieu chaque samedi soir. Escalade, tir, courses de voiture, catch… Mon kif c’était les duels de grimpe. Je gagnais à chaque fois, même face à Spider Woman. Normal, j’avais passé des années à faire du sport et à me muscler. Même si l’alcool et la dope avaient commencé à faire des dégâts, j’avais encore de beaux restes.
Ce que je détestais, c’était le tournage de la vie quotidienne. On était obligé de s’y soumettre deux heures par jour. Le public voulait voir qui se cachait derrière les masques et les costumes des superhéroïnes. J’osais à peine imaginer comment Nils allait réagir en découvrant sa mère à la télé… Je savais à peu près ce qui était diffusé. On nous avait confisqué nos smartphones (difficile de refuser une fois le contrat signé) mais on nous passait les émissions chaque dimanche matin pour le traditionnel débriefing. Après on buvait un coup, on trinquait à nos exploits. C’était le meilleur moment, quand j’ai vraiment cru que ce jeu allait me propulser au sommet du box-office.

Aujourd’hui je ne grimpe plus. Le dernier duel m’a été fatal. Une prise qui a lâché alors qu’aucun assurage n’avait été mis en place. C’est vrai qu’on était des superhéroïnes, rien ne pouvait nous arriver… J’ai atterri cinq mètres plus bas et je me suis fracturé les talons et explosé le genou droit. Six semaines d’hosto et des mois de rééducation, pas de mutuelle, la boite de prod’ a fait faillite et Norman a disparu de la circulation. À part le misérable salaire qui nous était versé les premiers mois de l’émission, on a rien eu. Envolées les primes et les promesses.
Dès qu’on a pu sortir du bunker dans lequel on nous avait isolées, on a compris l’arnaque. L’émission qu’on nous diffusait le dimanche était largement bidonnée pour qu’on accepte de continuer. Marvel Story nous faisait tout simplement passer pour des putes. Le compte-rendu des épreuves sportives était réduit à son strict minimum alors que nos repas, nos moments de repos et nos interviews étaient filmés sous toutes les coutures. Tout avait été systématiquement coupé et remonté pour qu’aucune de nous n’échappe aux scénarios dégueulasses imaginés par Norman. Mais le pire a été d’apprendre que des caméras avaient été planquées un peu partout, surtout dans les chambres et les salles de bain. J’ai aussitôt compris pourquoi Bobby et les autres techniciens étaient aussi canon. C’était des acteurs payés par Norman pour jouer des scènes clandestines que ce porc diffusait et vendait sur Internet. Bon, ce qui me console un peu c’est que j’ai vraiment pris mon pied avec Bobby…
J’ai pratiquement tout perdu dans cette histoire. Nils ne veut plus me répondre au téléphone et je ne marcherai plus jamais comme avant. Boiteuse à vie. Pas facile de décrocher un rôle avec ça, et d’autant moins évident avec l’image que je traîne depuis Marvel Story… Au début j’ai fait quelques castings, sans conviction et puis j’ai laissé tomber. Je me suis concentrée sur ma survie. J’étais pratiquement seule au monde. Plus de parents. Un ex-mari et un gosse qui me détestaient. Des voisins hostiles qui m’avaient vu faire la pute dans ce jeu à la con… Il ne me restait plus qu’Augusto, un vieil ami d’enfance de ma mère. J’ai fait le compte de mes économies… trois mille euros à tout casser. C’est là que j’ai regretté d’avoir acheté un nouveau canapé, quand tout allait bien. Il ne faut jamais croire que tout va bien, jamais. Je l’ai revendu sur le Bon Coin avec tout ce qui avait un peu de valeur, une bague et une guitare de flamenco héritées de ma grand-mère, ma veste en cuir, mon percolateur chromé, ma Golf en assez bon état, ma super télé avec écran géant, ma collection de DVD Blue Ray, mon frigo, ma chaîne hi fi, mon Mac. Je savais qu’un jour ou l’autre je ne pourrais plus payer mon loyer et j’ai accepté l’offre d’Augusto. J’ai emménagé à Bagnolet dans la caravane garée au fond du minuscule jardin de son pavillon de banlieue.
Je croyais être tranquille pour un moment. Augusto était charmant. On se rendait des services. Je lui faisais ses courses, je l’aidais à faire son jardin, il me laissait utiliser sa baignoire et il me donnait des légumes… Il ne voulait absolument pas que je lui paye un loyer. C’était cool. Et puis il a senti une douleur dans l’estomac. Deux jours après il était hospitalisé d’urgence. Il est mort en trois semaines. J’ai même pas eu le temps de lui dire adieu. Cancer foudroyant. Le truc de fou !
Quand son fils est venu avec sa femme pour vider la maison, je me suis planquée. J’avais recouvert la caravane d’une vieille bâche et posé des outils de jardin tout autour mais ils savaient que j’étais là. Ils m’ont laissé un mot sur la porte : « Madame, vous avez un mois pour enlever vos affaires et déménager. Tout va être vendu. » Sympa le fils…
Je cherchais donc à me reloger quand je suis tombé sur ma superhéroïne préférée…

J’étais venu refaire mon stock de whisky chez ED et puis je me suis dit que ce serait bien de prendre quelques bricoles à grignoter. Depuis quelque temps, mes repas se résumaient à ça : des cacahuètes, des petites saucisses ou des olives en apéro dînatoires comme ils disent dans les réceptions chics. Bref, je choisissais mes olives marinées au piment quand j’ai entendu :
— Putain je rêve ou c’est Jessica Jones sans son perf ?
C’était Cat Woman, un peu moins vaillante. L’alcool avait gagné du terrain sur le blanc de ses yeux qui virait au rouge mais elle avait encore une sacrée allure.
Alors on a fêté nos retrouvailles bien sûr ! On a embarqué mon whisky et sa Tequila, mes olives et ses cacahuètes plus un paquet de chips, des citrons verts et du rhum et on a foncé chez elle. Elle avait un vrai chez elle et une voiture. La classe. Quand je lui ai raconté ce qui m’arrivait, elle a tout de suite proposé de m’héberger.
— J’ai un bureau dont j’ai rien à foutre. Tu me vois dans un bureau ? Elle a fait son rire rauque que j’aimais bien. On va t’installer là Jess !
Son appart était pas mal du tout, un trois-pièces dont elle avait hérité, Porte de Bagnolet. Elle m’a montré ma chambre et on s’est installées pour l’apéro. On a picolé, on a fumé, on a rigolé comme des malades. Ça me faisait tellement de bien de ne plus être seule ! J’étais en train de rouler un joint, la télé était allumée, on regardait The Voice en se foutant de la gueule des candidats.
— On se moque, j’ai dit, mais on devrait pas, après ce qu’on a fait dans Marvel…
— Tu m’étonnes !
De fil en aiguille on en est venu à parler de Norman.
— Je sais ou il habite… j’ai dit.
— C’est vrai ?!
— Ben ouais… tu te souviens de Bruce, le cadreur ?
— Très bien. Je me le suis tapé.
— Je l’ai croisé sur un casting. J’ai cru qu’il allait se défiler mais il est venu s’excuser. Il m’a dit qu’il regrettait, qu’il aurait dû nous prévenir qu’il y avait des caméras cachées et blablabla… Je l’ai envoyé paître en lui disant que c’était un peu tard pour regretter et que ça allait pas m’aider à retrouver Norman. Et là, il a regardé de tous les côtés et il m’a chuchoté un truc à l’oreille…
— L’adresse du gros ?!
— Ouais !
— Et t’as rien fait pour le choper ?!
— C’est arrivé en même temps que tous mes problèmes. J’attendais de me refaire, de trouver un avocat…
— Tu rigoles ou quoi ?! Un avocat ? Tu crois vraiment que ce pourri se laissera coincer par un avocat ? On va se le faire oui ! C’est quoi l’adresse ?
Je la connaissais par cœur ; j’avais même googlemapé sa rue. Il avait une chouette villa à Sceaux. Il s’emmerdait pas Nono !
Petit à petit l’idée s’est installée… on allait buter Norman. Sur le coup, ça nous paraissait évident. Cat m’a dit « Bouge pas, je vais te montrer un truc », elle a foncé dans son ex-bureau, elle a farfouillé un moment et elle est revenu en me braquant avec un flingue. Morte de rire.
— Confisqué à mon ex. Ça s’appelle un Glock.
J’ai arrêté de rire quand j’ai compris que c’était pas un jouet.
On a continué à boire et à fumer. Elle avait posé le revolver sur la table et j’ai pas pu m’empêcher de le manipuler. C’était lourd et excitant, ça donnait envie de l’essayer.
On s’est préparées, toutes joyeuses. À aucun moment j’ai réalisé que c’était mal, qu’on allait réellement tuer un homme, lui ôter la vie. Sans doute parce que j’étais avec Cat Woman, comme si le jeu continuait, et aussi parce que j’étais complètement torchée.
— Il nous faut des masques et des gants a dit Cat. Faut pas qu’on laisse de traces et je suis sûr que Norman a installé des caméras.
J’ai pensé aux bas qu’on pouvait s’enfiler sur la tête. On a fait ça et ça nous a fait pleurer de rire. Et puis on a dégotté des gants de vaisselle. Des roses pour moi et des jaunes pour Cat.
Dans la bagnole, on a mis la BO de Pulp Fiction à fond. Je sais plus pourquoi mais c’est moi qui conduisais et Cat tenait son flingue à bout de bras en faisant semblant de tirer sur tout ce qui bougeait. Elle se tortillait sur Misirlou en répétant Glock Glock, pas Glock.
On a trouvé facilement la villa de Norman, grâce au GPS. Sans cette voix nasillarde qui guidait deux filles complètement bourrées d’un bout à l’autre de Paris il aurait pu finir sa nuit sur ses deux oreilles… On a escaladé le portail et on est entré en ricanant par la porte-fenêtre du salon qu’il avait laissée entrouverte à cause de la chaleur. Vraiment pas de bol Norman !
C’est moi qui l’ai réveillé. Je me suis gaufrée en me prenant les pieds dans un pouf qui traînait devant sa télé. J’ai explosé de rire. Cat a mis sa main devant ma bouche mais on faisait un raffut terrible. Il est arrivé en pyjama, ce con, il a allumé le lampadaire et il a fait l’erreur d’avancer vers nous. On devait avoir l’air inoffensives tellement on se marrait. Cat planquait son flingue dans le dos. Quand le gros a essayé de m’attraper elle lui a mis une balle entre les deux yeux.
Le résultat nous a dessoûlées d’un coup. On avait du sang et des bouts de Norman plein les vêtements. J’ai vomi avec mon bas sur la tête. Ça nous a pas fait rire cette fois. Et puis on a entendu une voix d’homme qui criait « Les mains en l’air ! » J’ai arraché mon bas pour pas étouffer et j’ai revomi. La villa de Norman était surveillée à distance par une agence de sécurité. L’alarme a fonctionné mais lorsqu’un des gardes a regardé les moniteurs et nous a vues en train d’escalader son portail, c’était trop tard. Le temps qu’ils arrivent, le gros était rétamé.
Les vigiles nous ont menottées et ils ont appelé les flics. Ils nous ont fait attendre dehors tellement on puait. Avant de partir au poste, j’ai aperçu une jolie fille en peignoir qui m’a fait un clin d’œil. C’était sa femme, une Ukrainienne que ce brave Norman avait gagnée au poker. On a appris plus tard qu’elle était restée cachée sous le lit quand elle a entendu le coup de feu.

Cinq et quinze ans de prison, c’est ce qu’on a pris. Il paraît qu’on s’en est bien tirées. On avait rassemblé toutes nos économies pour se payer un bon avocat qui nous a conseillé de plaider le coup de folie. Ça se défendait, surtout quand le jury a vu la vidéo de sécurité prise chez Norman. On y voyait deux dingues en train de tituber avec des bas sur le visage et en pleine crise de rires. Notre avocat a bien mis l’accent sur le fait que monsieur Norman Bavay – même son nom était ridicule — avait ruiné nos carrières. J’ai beaucoup aimé son speech à ce moment-là. Il a énuméré les préjudices et terminé en beauté en décrivant les films pornos tournés à notre insu et diffusés sur le web.
Le témoignage d’Alyosha, la veuve de Norman, a aussi joué en notre faveur. Elle a raconté la maltraitance, les putes qu’il ramenait à la maison, les partouzes auxquelles elle était forcée de participer… C’est tout juste si elle ne nous a pas remerciées de l’avoir débarrassée de ce connard.

Je tire mes cinq ans au Centre pénitentiaire de Rennes. J’apprends l’anglais, je fais un peu de sport et je bosse tous les jours dans un atelier de couture. Je gagne une misère mais ça m’occupe. Et puis, quand j’ai deux minutes j’écris un scénario dans ma tête. C’est mon secret pour tenir. Si Cat était là, je lui en parlerais mais je ne sais même pas où elle a été écrouée. Dès que je serai libérée je partirai à sa recherche.
Fred a été correct, comme toujours, il m’a pas laissée tomber après ma condamnation. Il a demandé un droit de visite et il vient me voir tous les mois. Je sais qu’il fait ça pour Nils, même s’il m’a fait comprendre qu’il faudrait du temps pour que le gosse me pardonne, qu’il fallait patienter… C’est ce que je fais. Je passe ma vie à patienter, à penser à mon Nils et à ses solos de guitare foireux.

Dehors, la lune a disparu. Il n’est que quatre heures mais je sais que je n’arriverai plus à me rendormir. Je balance Rebel Rebel, je monte le son. Dans ses habits de lumière Bowie sautille autour du lit. Il entame un strip-tease de folie et vient se frotter contre moi… Hot tramp, I love you so !

Marie-Hélène Branciard
 

Podium 2018
1 – In Memory I am de Fabien Pesty
2 – Le chemin de croix de James Osmont
3 – Chez eux de  Jérémy Fel

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Here come the sun, une nouvelle pour sortir de l’hiver.

Menacée par un beau-père vicieux, Priscilla prend ses jambes à son cou et se réfugie sur Mars, la ville où elle a laissé son enfance et Nadia, sa grande sœur…

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Allons, Priscilla fait un effort ! me répétait ma mère avec sa voix flinguée à la scie sauteuse. Il est pas si méchant mon Léon.
Non penses-tu ! Pas méchant du tout… juste obsédé par l’idée de me coincer dans un coin pour me tripoter. Il en avait la bave aux lèvres ce salopard. J’avais pourtant rien d’une meuf à faire fantasmer les vieux. Entre mon 75A, mes jambes d’araignée et mes cheveux courts… À moins que… à moins que le gros baveux en pince pour les petits garçons ? Merde ! J’avais jamais pensé à ça !
— Essaye d’être plus gentille avec ton beau père, elle me disait aussi.
C’est ça oui… Je discutais même plus. Ni pour ça, ni pour ce prénom stupide qu’elle était la seule à utiliser. Je m’étais fait une raison et j’essayais de me protéger. Je m’étais fixé le mois de juillet, pour finir l’année scolaire avant de me trouver un endroit plus sûr. Mais j’avais pas prévu les attaque du gros. J’ai donc changé de plan à toute berzingue. Là où j’ai déconné, c’est en m’y prenant au dernier moment.
J’avais fait mon sac à l’arrache en apprenant que Léon allait rester à l’appart pour me garder, vu que ma mère partait en déplacement. Me garder ! Comme si j’avais besoin d’une nounou à quinze ans. Et surtout d’une nounou pareille ! Du coup, j’avais juste pris mon sac de classe et remplacé mes affaires par des fringues et mon journal. J’avais même pas pu récupérer mon téléphone, oublié au collège, ni mon livret de Caisse d’épargne sur lequel ma grand-mère – la gentille : la morte – m’avait déposé cinq cents euros, ni mon chouette ordi que ma mère m‘avait emprunté la veille pour voir un film, ni ma guitare chérie, ni mon T-shirt Kill Bill qui était au sale, ni… Enfin, j’ai quand même eu du pot, j’ai pu voyager gratos et sans me faire repérer grâce à une de ces bonnes vieilles grèves SNCF. Y avait un bordel pas possible à Part-Dieu et j’ai attendu qu’un train surpeuplé parte enfin vers le Sud pour m’y embarquer. Adios Lyon, adios les craignos et bon débarras !

Une fois sur place, rien ne s’est passé comme prévu… À peine débarquée, j’ai foncé au Desperados, le bar que fréquentait Nadia à l’époque, juste à côté du collège. Manque de pot, tout avait changé : le patron, les clients et même le nom. Non, n’essayez même pas de deviner… Le Rados, comme on disait avec Nadia, était devenu Le bar des amis… Sans dec’, j’ai failli leur dire, vous avez pas trouvé plus con comme nom ? Bon ben c’était plié, je risquais pas de retrouver Nadia au Bar des amis ! C’est là que j’ai commencé à flipper sérieux. Il me restait cinquante euros… J’allais pas aller loin avec ça.
J’ai rôdé autour du collège Marcel Pagnol, c’était la récré… J’ai aperçu un type à travers le grillage : Romain Despentes, le fi-fils à sa maman. Il était dans ma classe en cinquième… Il avait toujours ses grosses lunettes et son air fayot. C’est pour ça qu’on l’avait surnommé Harry Potter. Je lui ai fait signe et il s’est vite approché en rougissant. Ça m’est aussitôt revenu… il m’aimait bien l’apprenti sorcier… Il me matait toujours en douce et dès que je le surprenais, il passait en mode cerise, comme maintenant… Je lui ai dit que j’étais un peu dans la merde et qu’il fallait que je trouve un endroit pour une ou deux nuits…
— … Ben… je pourrais te planquer au sous-sol de mon immeuble ?
— Ouais ?
— Faut que je pique la clé de la cave. C’est pas terrible, mais…
— Non c’est cool. Ça me va.
— Passe vers huit heures ce soir. Attends-moi en face de l’entrée, vers l’abribus… Je viendrais te chercher.
— Nickel. Merci !

Je savais pas trop par où commencer mes recherches, alors j’ai décidé d’aller au plus près, vers le port. Avec un peu de pot, je tomberais peut-être sur une vieille connaissance…
J’ai pris la mer en pleine poire ! Ça faisait deux ans que je me faisais des shoots virtuels en me baladant sur Mars avec Google Maps, mais là… ça m’a stoppée net ! Tout m’est revenu : la mèche blanche de ma sister, sa caravane pleine de trésors où on se cachait pour fumer des joints et écouter ses vieilles cassettes, les virées dans sa bagnole le long de la côte. On roulait à fond en hurlant les chansons de Nirvana et de Patti Smith… Et puis les mouettes, le ciel… ça parait con, mais il est pas pareil ici. Et la mer… les bateaux qui disparaissaient à l’horizon et qui revenaient, toujours plus gros…
Des fois, on jouait à un truc… on se mettait tout au bord du quai en tournant le dos à la mer. On attendait l’ombre… une ombre énorme, comme si la nuit tombait en plein après-midi. Alors, on se retournait et on prenait un coup au cœur en découvrant un paquebot qui venait de pousser là comme un gratte-ciel. Ça me faisait toujours un peu peur, mais j’adorais cette peur là…
J’ai pas mal traîné avant de rejoindre ma cave. J’ai exploré tous les endroits où on avait l’habitude d’aller. Y avait ce petit bar minable, vers la gare où Nadia achetait son shit. J’ai demandé au patron – une espèce de Skin sans dents avec la tête encore plus cabossée qu’à l’époque – s’il l’avait vu récemment, mais il ne se souvenait même pas d’elle. Il a ricané quand je l’ai décrite : « Une belle nana d’une trentaine d’années, brune avec une mèche blanche, de taille moyenne, qui ressemblait un peu à Karin Viard… » C’est quoi qui était drôle ? Quel con !
Après, je me suis fait le Mac-Do où on atterrissait parfois en fin de soirée, la Fnac où on restait trois plombes pour lire des BD, le Petit Casino où on achetait des bières… mais rien. J’ai même pris le bus pour aller sur le grand parking avant les Calanques, là où elle garait parfois sa caravane… toujours rien. J’aurais jamais dû partir à Lyon. J’aurais dû me casser au lieu de suivre bêtement ma mère dans cette ville pourrie ! Ça m’aurait déjà évité toutes ces galères avec l’autre naze…

Harry a tenu sa promesse, il est arrivé à huit heures pile à l’arrêt de bus, complètement flippé…— Faut que je remonte vite, j’ai dit que j’avais oublié un livre dans la voiture.
Il m’a expliqué en route que c’était mort pour la cave. Il avait pas réussi à piquer la clé sans se faire repérer. Ça avait l’air super cool l’ambiance chez les Dursley !
— Désolé, il a ajouté, mais tu va devoir dormir dans le local à poubelles.
— Tu rigoles, j’ai fait.
— Ben non.
J’ai rien ajouté. De toute façon, j’avais pas le choix : c’était ça où la rue…
— Je vais te montrer où il faut te planquer si jamais quelqu’un entre ici. Il y a un coin au fond où on peut pas te voir.
— Super, j’ai dit.
— Et si tu peux, évite de fumer.
Ça tombait bien, j’avais plus une miette de tabac.

Ben voilà… j’en étais là : future prostituée junky qui commençait sa carrière en pieutant derrière des poubelles.  Merci maman, merci gros baveux, merci la vie !
En farfouillant dans le local, j’ai dégoté un rouleau de sacs noirs et je me suis emballée dedans. Je me sentais très con dans mon pyjama de vampire mais j’avais un peu moins froid. J’aurais aimé avoir au moins mon ordi, entendre sa petite musique quand il se met en route, le sentir chaud et vivant sur mes genoux…
Y avait un seul truc bien dans cette piaule, c’était la prise. J’ai pu recharger mon MP3 et m’écouter les chansons que Nadia m’avait téléchargé avant que je déménage. J’ai misCome as You Are en boucle et j’ai essayé de m’endormir…

J’ai été réveillée par la porte du local qui a claqué quand quelqu’un est venu jeter sa poubelle. Il était six heures du mat’ ! J’ai dégagé fissa.
Ensuite, j’ai galéré pendant trois jours pour essayer de retrouver la trace de Nadia. Tous les soirs, je retournais dormir dans mon local. Harry n’avait même plus besoin de m’aider, il m’avait filé le code de l’immeuble et je me faufilais au sous-sol dès que la voie était libre. Je laissais mon sac planqué dans le recoin pour pas me le trimballer partout et me faire repérer. Entre temps, je m’étais dégoté une couverture et un pull super chaud dans une friperie de la Croix Rouge. Pour sept euros, le mec m’avait même ajouté une grosse lampe torche qui traînait vers le comptoir et qui devait être à lui… J’y voyais un peu mieux dans mon bouibouis. J’ai pu reprendre mon journal et j’ai même essayé d’écrire une chanson pour raconter ma fugue… mais sans ma guitare j’y arrivais pas.
J’ai failli couper ma mèche pour qu’on ne puisse pas me reconnaître trop facilement, au cas où ma mère ait signalé ma disparition… mais je me suis dit que les flics avaient sûrement mieux à faire que de me rechercher.
Pendant ces trois jours, j’ai fait tous les bars, les boites, les parcs… tous les endroits où on traînait avec Nadia. Je commençais vraiment à fatiguer. S’il n’y avait pas eu Léon le Cochon, j’aurai presque renoncé. Elle était pas si mal ma vie à Lyon avant l’arrivée de ce gros dégueulasse… Sophie et Vanda me manquaient. J’avais même pas eu le temps de les appeler… ni elles, ni les trois zigotos du club de littérature. J’avais beau me moquer, les appeler Riri, Fifi et Loulou, je les aimais bien. Et puis j’avais appris plein de truc dans ce club, avec ce prof de français qui nous aidait à écrire des histoires. Des fois je pensais à lui… le coup où il avait lu ma nouvelle sur Marseille à toute la classe…
J’allais attaquer ma quatrième journée à tournicoter sur Mars quand je me suis souvenue d’Henri, l’oncle de Nadia, celui qui tenait un stand de vieux disques aux puces…  Mais comment j’avais pu l’oublier celui-là ?! On se foutait de lui en l’appelant Le roi du vinyle ! C’est là que Nadia refaisait ses stocks de cassettes… Mais quelle con ! C’est lui qu’il fallait que je retrouve !

Quand elle a répondu au téléphone, Nadia a juste dit « Oui ? » mais j’ai immédiatement reconnu sa voix. Elle aussi :
— Lola ! elle a dit, mais t’es revenu ?
Je lui ai tout raconté : le beau-père pervers, le train, les poubelles. Je lui ai dit que je la cherchais partout depuis mon arrivée et que j’avais fini par la retrouver grâce à Henri…. Elle m’a expliqué qu’elle vivait depuis un an avec son nouveau fiancé, un musicien. Toujours à Marseille mais dans un vrai appart, à la Plaine.
— Allez, ramène-toi vite ma Lola !
Ça m’a fait tellement plaisir de la voir comme ça, avec ce Fred qui avait l’air bien plus cool que tous les zonards qu’elle se trouvait avant. Je leur ai raconté ma fugue et comment j’ai atterri dans mon sous-sol trois étoiles…
— Bon ben, tu y retournes pas, a dit Fred. Pas question ! On va te faire une place ici.
J’ai regardé autour de moi. Ils avaient un minuscule F2. Ça voulait dire que j’allais dormir dans leur salon, entre l’ordinateur, le piano numérique, les guitares et les piles de CD et de 33 tours qui montaient jusqu’au plafond.
— C’est gentil… ça me dépannerait bien… mais juste pour une nuit ou deux, j’ai dit. Après je vais trouver une solution.
Nadia a fait son sourire que j’aimais bien. Elle a pas dit : « Et c’est quoi ta solution grosse maline ? » mais je me doutais bien qu’elle le pensait.
Fred a soupiré et puis il a dit :
— Sinon, y a Glou…
— Pourquoi vous rigolez ? j’ai demandé. C’est quoi Glou ?
— C’est la mémé de Fred.
— Pourquoi vous l’appelez Glou ?
— Ben… la première fois que Fred m’a emmenée chez sa grand-mère, elle m’a piqué mes clés de voiture…
— Ouais, elle fait ça souvent, s’est marré Fred.
— Enfin… bref, on a cherché pendant des plombes et puis, finalement, on lui a demandé ce qu’elle en avait fait. Elle a fermé les yeux comme si elle réfléchissait à fond, elle a fait un grand sourire, genre J’ai une illumination et elle a dit… glou.
— Et alors ?
— Eh ben, on s’est pris un fou rire de la mort et depuis… on l’appelle comme ça.
— Elle est malade… euh… genre Alzheimer ?
— Elle est surtout très vieille, a dit Fred. Elle perd un peu la boule. La journée ça va, y a du monde pour s’occuper d’elle, mais la nuit elle est toute seule dans sa maison. Donc… si ça te dit ?
— Euh… je pense pas que ça va marcher… j’ai dit. En général ils m’aiment pas, les vieux…
— Pas Glou… Elle est peace and love ma mémé.
— Ah ouais… je sais pas… En fait, ça me fait un peu flipper…
— Tu sais quoi ? a proposé Fred. Demain je vais lui faire ses courses. Si tu veux, je t’emmène, je te présente, tu visites, tu vois si ça te branche, tout ça… et après tu décides. Si ça te fait toujours flipper, pas de lézard, on laisse tomber.
— Ok.

Ben voilà, l’histoire se termine… dans un quartier pénard de Marseille, chez une petite vieille à la mémoire de poisson rouge qui éclate de rire et me dit bonjour chaque fois qu’elle me croise. Il paraît que c’est ma mèche qui la fait marrer…
Quand j’ai débarqué chez elle, elle a tout de suite flashé sur mon perfecto. Je lui ai proposé de l’essayer, pour blaguer, et elle a dit oui avec son sourire de gosse. Quand Fred est revenu des courses, il a retrouvé sa mammy en perf’ en train de me montrer comment on fait la soupe. Il paraît qu’elle cuisinait super bien avant mais elle oublie toutes les recettes, sauf celle-là. Du coup, elle peut en faire deux ou trois par jour. L’aide à domicile récupère les légumes épluchés et les colle au congèl au fur et à mesure…

Je suis retourné à Lyon avec Nadia, juste pour récupérer ma guitare et mon ordi. Ma mère n’a pas fait d’histoires quand je lui ai dis que je m’installais sur Mars. Je crois qu’elle a enfin pigé de quoi son Léon était capable. On est resté en bons termes. Elle m’envoie même du fric, de temps à autre…
La vieille bagnole de Nadia a repris du service. Tous les week-ends on file le long de la côte en buvant des bières et en braillant nos chansons.
Il a été très long cet hiver… long, froid et solitaire. On aurait dit que le soleil avait disparu pour toujours. Mais non… Je sors mon bras par la fenêtre grande ouverte, le son est à fond, la mer bleu nous suit en riant : « Here comes the sun, here comes the sun and I say it’s all right ! It’s all right ! »

Marie-Hélène Branciard • Août 2014 – Nouvelle écrite pour un défi de l’Académie Balzac.

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Intrigue bien ficelée et écriture fluide, dynamique, belle – La Muse en parle

La commandante Jourdan - Polar #Jenaipasportéplainte de Marie-hélène Branciard

« Un très bon polar. J’ai adoré. D’abord, au niveau de l’histoire, de l’intrigue, très bien ficelée. Ensuite, au niveau de l’écriture : fluide, dynamique, belle. Et puis, Marie-Hélène Branciard réussit ce magistral tour de force (qui n’est pas donné à tous les écrivains) : le lecteur vit l’aventure, avec ses peurs, ses angoisses… Beaucoup de femmes, dans ce magnifique ouvrage, de la souris déglingos (je l’aime bien, celle-là) à la commandante de police. Beaucoup de respect des droits. Des libertés fondamentales. (…) un grand bravo à Marie-Hélène Branciard, pour ce polar qui tient en haleine jusqu’au bout grâce à la force et à la puissance des mots. »

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#Jenaipasportéplainte de Marie-Hélène Branciard • Article de La Muse en parle – 16 novembre 2017

« La Muse en parle, le blog de référence pour vos plus belles chroniques. »

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#Jenaipasportéplainte, polar prenant, vif, jouissif ! Les vagabonds sans trêves

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, #Jenaipasportéplainte de Marie-Hélène Branciard, publié aux Éditions du Poutan, en 2016, est un polar prenant, vif et jouissif, hyper contemporain et sans frontières qui traite du viol, cette atrocité qu’aucune démocratie ne devrait considérer à la légère.

En refermant ce polar aux vertus addictives de bonnes séries américaines, j’ai fait le vœu d’une suite.

(…) Riche en références artistiques : ciné, musique, séries télé, rap, pop et punk culture, #Jenaipasportéplainte fait le lien entre différents univers : urbain et rural, artistique, underground, LGBT, clubbing et, bien sûr, les réseaux sociaux favorisant les activismes numériques et les échanges dont l’auteure restitue bien les différents types d’écriture : SMS, tweets, commentaires, post sur Facebook et sur des blogs comme le fameux Queer Spirit de La Souris Déglingos, le pseudo de Daria qui relaie les actions du commando Fucking Debra (comme la sœur de Dexter), dont les posts sont jubilatoires.
Loin l’individualisme et de son exaltation du droit à jouir dans la fausse innocence d’un après moi, le déluge, #Jenaipasportéplainte est irrigué par l’affirmation d’une liberté sexuelle inséparable du respect de l’autre et de la justice sociale. Les personnages positifs et conscients des tares de la société défendent la dignité humaine, le fait d’être soi en assumant ses différences, une richesse qui les expose aux préjugés et aux conformismes asphyxiants. (…)
Avec pour fil conducteur une campagne européenne de fresques murales orchestrée par des artistes de street art dénonçant le silence de l’Église autour des prêtres pédophiles, les cinquante premières pages du roman ressemblent à une mosaïque dynamique composée de brefs récits introduisant des personnages, majoritairement femmes et lesbiens, intéressants, créatifs, concrets et attachants. On s’y perd, comme, lorsqu’on débarque dans une soirée où, en une fois, on rencontre trop de monde. Mais ce monde a du tempérament et un bel esprit assaillant ! (…)

En refermant ce polar aux vertus addictives de bonnes séries américaines, j’ai fait le vœu d’une suite. La singularité des personnalités, leur éthique généreuse de rebelles à l’autorité, à la fois indépendants et soucieux de collaborer avec les autres, leurs relations amicales et amoureuses et les thématiques enracinées dans l’aujourd’hui méritent d’être creusées dans un deuxième tome, voire plus… Une saga… ? Why not ?

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« LES FILLES, QUE LA FORCE VENGERESSE SOIT AVEC VOUS ! » • Article de Christophe-Géraldine Métral sur le blog Les vagabonds sans trêves – 17 octobre 2017


Christophe-Géraldine Metral
Christophe-Géraldine Metral
« Les vagabonds sans trêves, blog littéraire et culturel de partouts… »

 


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En désintox sur Zombieland

Le ventilo échappé de Brazil avait failli me décapiter en tombant du plafond. Rien à dire, je nageais en pleine authenticité. Z’avaient pas lésiné sur le décor. Dehors, un volet claquait sans discontinuer et des immeubles déglingués s’alignaient à perte de vue. Le vent se glissait partout et jouait négligemment avec un drapeau en lambeau. C’était lui le boss désormais. Même les oiseaux avaient changé d’État… Un soleil assassin attendait le chaland en faisant cramer de vieilles carcasses de bagnoles.
Je contemplais ma valise grande ouverte sur un immense lit. Un groom aux allures de vigile venait de la fouiller après m’avoir confisqué mon smartphone. De toute façon, y avait pas de réseau. Mais c’était pas la peine de discuter : j’avais signé pour le meilleur et pour le pire.
Sur un petit meuble sixties qui avait dû arborer des couleurs pimpantes,  un tourne-disque attendait prêt de sa pile de vinyles : Lou Reed, Bowie, Dylan, Leonard Cohen, Janis Joplin, The Rolling Stones… que du lourd ! J’allais me régaler. Il fallait juste attendre que la panne d’électricité soit réparée…
Bon, autant s’y mettre. C’est surtout pour ça que j’étais là. Me désintoxiquer et écrire… J’avais tout de suite repéré le bureau, un gros meuble calé face à un mur beige à peine fendillé. Peu de chance d’échapper à mon imagination. Et posée là, comme une reine, une énorme Underwood ! C’est exactement ce qui était indiqué dans la brochure : « Une machine à écrire entièrement mécanique sera mise à la disposition des curistes.» À côté de la bête, un mode d’emploi expliquait son maniement : « Lorsqu’on arrive à l’extrémité de la feuille, ou lorsqu’on veut aller à la ligne, on actionne le levier de retour de chariot, situé au bout de celui-ci, ce qui permet de réarmer le ressort en ramenant le chariot en début de ligne et d’actionner un mécanisme qui fait tourner le cylindre d’un cran pour aller à la ligne suivante. » *
Je m’installais pour la tester. J’attrapais une feuille blanche, l’enroulais et commençais à tapoter maladroitement les « lettres gravées sur leur petit bloc de métal ». J’avais deux mois pour m’habituer au clavier américain. C’est en me relisant que j’ai remarqué qu’il manquait le R. J’en parlerai au groom… ou pas. Après tout, ça pouvait être un truc encore plus motivant. Peut-être l’occasion de faire un remake de La disparition
En tout cas, il n’y avait aucune possibilité de liker avec cette bestiole. Et c’était ça l’essentiel.  Pas possible non plus de partager la moindre photo ou d’aller vérifier des trucs sur Google… J’étais à nouveau seule sur ma planète, sans R mais avec toutes les autres lettres pour essayer d’inventer la vie.

Marie-Hélène Branciard – 31 juillet 2017.

* Wikipédia – Article « Machine à écrire« .

Photo : City Of Detroit Teeters On Bankruptcy As State Audits Its Finances (Photo by J.D. Pooley/Getty Images).

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Contact Marie-Hélène Branciard auteure de #Jenaipasportéplainte

CONTACT

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Née au siècle dernier au Sahara, Marie-Hélène Branciard a vécu à Lyon, Paris et Dijon. Après des études de sociologie, elle a été successivement pigiste, chargée d’études sociologiques… Actuellement webmaster pour le site du salon Des Livres en Beaujolais, elle écrit son troisième roman et tient un blog dédié au design et à l’écriture.

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Un hashtag repris par des milliers de victimes de viol… – Le Patriote

Un hashtag repris par des milliers de victimes de viol... - Le Patriote

Le hashtag #Jenaipasportéplainte (#ididnotreport en anglais) a été lancé sur Twitter en 2012, explique Marie-Hélène Branciard. Initié par des féministes anglaises il a été repris par des milliers de femmes, victimes de viol, qui expliquaient en 140 caractères les raisons pour lesquelles elles n’avaient pas porté plainte : parce que c’était un membre de la famille, parce qu’elles avaient trop bu ou encore parce que leurs parents les en dissuadaient… Le polar est né du choc reçu à la lecture de ces témoignages. Quelques temps auparavant, j’avais démarré une nouvelle qui racontait l’histoire d’une jeune femme essayant de se reconstruire après un viol. J’ai décidé de la réécrire en intégrant ce hashtag ainsi que d’autres témoignages et en mettant en valeur la chaîne de solidarité magnifique qui s’était mise en place. De fil en aiguille, j’ai créé de nouveaux personnages, une histoire plus complexe : la nouvelle est devenue un roman…

Laurence Chopart • LE PATRIOTE BEAUJOLAIS •  – 24 août 2017

#Jenaipasportéplainte – Marie-Hélène Branciard – Préface de Marie Van Moere – septembre 2016 – éditions du Poutan

Résumé

Paris, place de la Nation… Après une manif pro « Mariage Pour Tous », Solün, photographe de presse, découvre le corps inanimé d’une jeune femme. À l’hôpital où elle l’accompagne, elle fait connaissance avec ses potes – une bande d’artistes un poil allumés – et se lance avec eux à la poursuite des agresseurs. Le commandant Jourdan, officiellement chargé de l’enquête va moyennement apprécier leur aide…

Les oiseaux noirs de Twitter® et l’ombre de quelques monstres planent sur ce récit tandis qu’une mystérieuse DJ nous parle de vengeance et de création… Noir, émouvant, hors-la-loi, #Jenaipasportéplainte explore des zones qui nous touchent tous: la solitude des ultra connectés, la soif éternelle de trouver l’âme sœur, l’espoir de donner un sens à un univers qui part en vrille.

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Lecture de #Jenaipasportéplainte : dialogues théâtralisés…

Suite à une proposition d’une troupe d’actrices du Centre LGBT Paris Ile de France, j’ai réécrit quelques extraits du polar #jenaipasportéplainte sous forme de dialogues théâtralisés.
Trois 
scènes se succèdent pour garder le rythme du livre construit sur celui des séries TV. Une lecture a eu lieu le 22 juin 2017 au Centre LGBT Paris-ÎdF

D’autres ouvrages présentés au 6e Salon du Livre Lesbien étaient également « mis en scène »  : « Anveshan » de Sylvie Géroux ; « L’Amour rêche » de Valérie Dureuil ; « Piste rose » de Cy Jung ; « Ladie’s Taste » de Laura Trompette ; « X » de Fanny Mertz ; « Contes à Rebours » de Typhaine D.

Voici le texte avec quelques photos des actrices en action. Merci à elles pour cette lecture originale de mon polar !

#JENAIPASPORTÉPLAINTE / DIALOGUES THÉÂTRALISÉS

SCÈNE I 

Noir complet. Musique “See you all” ou “World Falls Apart”.  (Ambiance fin du monde).
Scène s’éclaire progressivement en même temps que la musique s’estompe.
Trois personnes (Le chœur) alignées de dos. Habillées en noir avec sweet, capuche sur la tête.

Chœur 1 se retourne, elle a un masque Anonymous. Elle récite un poème (ton monocorde) :
« Ton avatar caché entre deux touches de mon clavier
Aucune trace du mal que tu m’as fait… en vrai
Mais tout est brisé au fond de moi… en moi
Mais #jenaipasportéplainte / But #Ididntreport / Haber #ichhabnichtangezeigt »

• Chœur 2 se retourne (elle a également un masque Anonymous) et enchaîne :
« Tout a commencé quand j’ai lu ce poème glauque sur le Facebook d’une Marylin aussi victime que la vraie… Et puis il y a eu cette série de tweets avec le hashtag #jenaipasportéplainte. Des femmes du monde entier qui ont expliqué en 140 caractères pourquoi elles n’ont pas porté plainte après un viol ou une agression sexuelle »

• Chœur 3 se retourne (elle a également un masque Anonymous) et enchaîne :
—  Je n’ai pas porté plainte parce que c’est lui qu’on a cru
• Chœur 1 :  Je n’ai pas porté plainte parce que j’étais saoule
• Chœur 2 : Je n’ai pas porté plainte parce qu’un psy m’a dit que ce n’était pas un viol s’il n’avait pas d’arme
• Chœur 3 :  Je n’ai pas porté plainte parce que je n’ai ni crié, ni mordu, ni frappé
• Chœur 1 : Je n’ai pas porté plainte parce que c’était le mec avec lequel je vivais…
• Chœur 2 : Je n’ai pas porté plainte parce que Zorro est arrivé juste à temps pour l’empêcher de me violer, et qu’une tentative « c pas si grave »
• Chœur 3 : Je n’ai pas porté plainte parce que c’était mon cousin et j’avais peur que ma famille ne me croit pas.

Noir complet. Silence. Puis voix qui sort de la nuit :

• Chœur 3 : Il y a des tas de raisons pour ne pas porter plainte après un viol. Mais moi, j’ai porté plainte et j’ai perdu… Le salopard qui m’a violée a nié et je n’ai pas pu prouver sa culpabilité. Alors, quand j’ai lu tous ces messages je me suis dit : « Mais putain de bordel de merde pourquoi pleurer partout qu’on n’a pas porté plainte ?!! Ça leur fait une belle jambe aux violeurs… Ça peut même les conforter dans leurs certitudes d’être intouchables ce type de message.
Alors, les filles, je vais vous raconter ce que j’ai fait…

SCÈNE II

Noir complet. Silence. Scène s’éclaire progressivement.
Le Chœur a disparu. On découvre une table de bar avec 3 ou 4 chaises autour.
Une fille (Daria) est installée devant une Tequila et regarde attentivement autour d’elle, tout en consultant son smartphone. Elle porte un t-shirt facilement reconnaissable de loin [dans le polar il s’agit d’un t-shirt I Don’t Give A Fuck des Peaches mais ça peut-être Gossip, Indochine, Lady Gaga…].
Musique de fond : I U She des Peaches ou Fuck you de Lily Allen
Le téléphone de Daria sonne. Elle répond. La musique de fond s’estompe.

• Daria : Salut Zabou… Ouais… Ok… Euh, j’suis au Banana là, mais je peux pas trop te parler.
Elle écoute la réponse.
— Je fais la chèvre.
Elle sourit en disant cela tout en surveillant les alentours. Elle rigole doucement en entendant ce que lui dit Zabou au téléphone et répond en baissant la voix :
— En fait… je sers de proie. Mafalda a repéré deux tordus qui piègent des homos… Du coup on essaye de les coincer. J’ai rendez-vous avec une certaine Juliette… J’te laisse !
Daria raccroche alors qu’une jeune femme s’avance vers elle et lui fait signe qu’elle a reconnu son t-shirt. La femme est super sapée, mini-jupe, cheveux longs blonds, lunettes fumées, rouge à lèvres. Elle sourit largement. Très à l’aise.

• Juliette : Chouette t-shirt !
• Daria : Merci…
Juliette s’installe. Elle mate discrètement vers le bar ou on imagine que son acolyte est installé.
Daria sourit également, d’un sourire moqueur. Elle sort une photo de son sac :
• Daria : Sans vouloir être désagréable, tu ressembles pas vraiment à la super meuf de ton profil Facebook.
Juliette se crispe un peu mais continue de sourire.
• Juliette : Ah Ah ! toi non plus !
• Daria : Ouais sauf que moi j’ai pris une photo de Shane, l’actrice de The L Word, c’est évident que j’vais pas lui ressembler.
• Juliette : C’est vrai… bon, on s’en fout non ? Si on allait discuter chez moi ?
• Daria : Y a pas le feu ? Si ? Je sais bien que je suis irrésistible, mais bon… je boirai bien une autre Téquila moi !
• Juliette : Ok (du bout des lèvres).
Sur ce, Mafalda déboule, portable en bandoulière dans son Bag Street, perruque rose, perfecto brillant, smartphone à la main. Elle les toise du haut de son mètre 80, fait la bise à Daria, attrape une chaise et s’assoit à la cow-boy, jambes écartées et dossier devant elle.
• Mafalda : Ça va ?! J’espère que j’dérange pas ?
Maf arbore un sourire hilare.
• Daria : Du tout… Juliette, je te présente Mafalda.
• Juliette : Enchantée.
Juliette sourit à peine, de plus en plus crispée. Elle attrape son sac et lance à Daria :
— Bon, on y va ?!
• Mafalda : Vous allez où ?
• Daria : Chez Juliette. Tu veux venir ? Daria dévisage insolemment Juliette et lui demande : ça te dirait un plan à trois ?
Entre temps, Mafalda a pris plusieurs clichés de Juliette, sans se cacher, presque à bout portant. Elle vérifie la qualité des images sur son smartphone.
• Mafalda : Tu sais qu’t’es photogénique toi ?!
Juliette attrape son sac et se barre presque en courant sans demander son reste.
• Mafalda : C’est bon ! J’ai sa photo et celle du salopard qui l’accompagnait. Regarde les qui se sauvent !
Daria et Mafalda regardent vers l’entrée du bar. Elles ne rigolent plus du tout. Maf sort son portable et commence à pianoter à toute allure.
• Mafalda : Et hop, partagées les photos. Finie la rigolade, Roméo et Juliette ! Comme je vais vous griller partout !
Daria soupire, sombre. Elle s’envoie sa Téquila cul sec.
Noir complet. Silence puis “Standing In The Way Of Control” de Gossip.

SCÈNE III

Scène s’éclaire progressivement en même temps que la musique s’estompe. On découvre à nouveau Le chœur, toujours de dos.
• Chœur 1 se retourne et récite :
Bâtardes… Hermaphrodites… Dégénérées…
La DJ arrache son casque, lâche la manette et se fige. Après tous ses efforts pour pondre un texte qui exprimerait enfin ce qu’elle ressent, les mots se sont posés. On dirait qu’ils attendaient qu’elle lâche l’affaire, qu’elle se plonge dans ses jeux vidéo pour émerger. Elle ne sait pas trop pourquoi, mais cette fois la musique ne suffit plus. Elle a envie de dire, d’hurler et ces trois petits mots vont lui ouvrir la voie. Les mains sur son clavier magique, elle lance des nuages de mots dans la nuit virtuelle, elle déclare la guerre à la peur !
• Chœur 2 se retourne et enchaîne :
Bâtardes… Hermaphrodites… Dégénérées…
Casquées de bruits et de fureur • Elles traversent le temps • Le soleil est en deuil • Il neige sur les écrans fêlés • De leurs vies blanches…
• Chœur 3 se retourne et enchaîne :
Perchées sur leurs clouds • Casquées de bruits et de fureur • Dans leurs armures 3D • Elles ont tout oublié… • La clé des mots clés • Le tag des hashtags…
• Le chœur (les 3 ensemble) :
Le soleil est en deuil •  Il gèle sur les écrans brisés • De leurs vies blanches… • Casquées de bruit et de fureur • Elles ont tout déchiré • Le mur du son • Le ciel, l’horizon…

Noir complet. Silence.
Scène s’éclaire et les actrices viennent saluer…

 

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Ma lecture de Petite louve de Marie Van Moere

« Pour venger sa fille, sauvagement agressée alors qu’elle rentrait du collège, une mère a commis l’irréparable. L’instinct a parlé.
Les voilà toutes les deux en fuite sur les routes de Corse – la mère, aux abois, la gamine, petit bout de femme trop vite grandi –, traquées par la meute. Car celui que la femme sans histoire a tué, celui qu’elle considère comme un monstre, est aussi un fils, un frère appartenant à une famille de gitans sédentarisés. Une famille avec son passé et ses drames, à laquelle on ne s’attaque pas impunément.Sous un soleil impitoyable, les lois du sang et de la vengeance imposent leur cycle sans fin. » (présentation de l’éditeur)

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J’ai fait la connaissance de Marie Van Moere en lisant Petite louve. Une belle rencontre littéraire et un récit qui m’a marquée et certainement inspirée lorsque j’écrivais #Jenaipasportéplainte.

Il y a des points communs entre nos deux polars – le viol et la vengeance –, et c’est en partie pour cela que j’ai demandé à Marie de m’écrire une préface. En partie seulement, d’autres critères, plus importants ont motivé mon geste : mon admiration pour son écriture, râpeuse, directe, à fleur de peau, pour ses personnages extrêmement touchants et pour tout ce qui m’a fait vibrer au-delà de l’intrigue, par ailleurs magistralement menée.

Souvent, quand un livre me plait, je recopie à la main quelques passages qui me touchent particulièrement. Je n’obéis à aucune logique, je fais ça au feeling, par pur plaisir.
C’est toujours un peu étrange de retranscrire les phrases d’autres auteurs, de se glisser dans leur peau. On découvre une façon étonnante de s’exprimer. On aurait sans doute écrit différemment, peut-être en prenant les faits par un autre bout, peut-être en galérant pendant plusieurs jours sans y parvenir…
Petite louve n’a pas échappé à cet exercice obsessionnel. J’ai noté peu d’extraits mais qui m’ont durablement impressionnée. Le premier parle d’un cachalot, le roman commence à peine, on sait qu’on va aimer cet univers :

« Elle contourna son lit vers les bandes dessinées posées à même la moquette. Tous les classiques redressèrent la tête dans l’espérance qu’elle les feuillette à nouveau. Son prélèvement dans la rangée provoqua un atterrissage brutal de quelques Hellboy dans son Eastpack qui lui tiendrait lieu de sac à dos de voyage. Dans sa tête, un cachalot fit son apparition. (…)
Ses nerfs se tendaient. Elle ne partirait pas sans un livre de vacances avec sa mère. Mais comment savoir ? Avec ceux qu’elle n’avait pas lus, elle pourrait être déçue. Un cachalot plongea et la petite l’imagina dans les abysses. Elle retourna vers son placard et se rassit en tailleur, Moby Dick, elle serra le livre contre elle un moment. C’était celui-là qui voyagerait avec elle. »

D’autres phrases ont suivi, recopiées dans mon journal. La mère dévastée, « l’essaim de frelons  qui vibre dans ses yeux ». Des phrases courtes.  L’horreur, l’angoisse, la tendresse pour essayer de réparer, la pudeur pour le dire…

« La petite devait reprendre goût aux choses. Elle lui raconterait. Avec les jours et les semaines qui s’écoulaient son corps disparaissait sous les agressions.
« Comment ne pas savoir ? » se dit-elle à voix haute. Ne pas savoir la nourriture jetée ou rejetée, les seins écrasés, les menstruations fossilisées par les privations. Plus rien ne devait sortir ou entrer  dans ce corps. Fluet spectre qu’elle n’osait même plus trop câliner quand la petite elle-même ne s’y opposait pas. »

Et puis, de petits îlots poétiques, des phrases plus longues, plus douces, belles.

« Se baigner, loin, dans le silence, flotter au-dessus d’une étendue d’algues, plonger en apnée et s’y blottir les yeux fermés en luttant contre la remontée, remonter, inspirer, flotter encore puis redescendre chercher une poignée de sable qui s’évanouira dans la main, émerger à la limite de la noyade, inspirer comme la première fois. Rentrer au rivage et sentir la pesanteur l’enserrer de nouveau, étourdie par cette légèreté fugace que ne connaissent ni les coureurs de fond, ni les chuteurs.»

On les savoure, on respire… mais ça ne dure pas et c’est normal. La violence répond à la violence, la mère louve repart au combat…

Je pourrais en dire plus sur ce beau polar, vous parler de ce que j’y ai retrouvé… Entre autres, cette fascination pour la Corse, la sauvagerie de l’île, « territoire intense et déchiqueté »… mais je vais vous laisser le découvrir à travers d’autres regards :

Librairie Charybde
Quatre Cent Quatre

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BIO
Née en 1977 à Pau, Marie Van Moere passe ses premières années à Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane Française. Son enfance est marquée par de nombreux voyages qui vont grandement déterminer sa sensibilité, « quelqu’un de réceptif, d’adaptable et de lointain » comme elle se décrit elle-même. Depuis quelques années, elle vit et écrit en Corse. Petite louve son premier roman, a été finaliste pour le prix Landerneau polar 2014, pour le 13ème prix marseillais du polar 2016 et a reçu le prix Plaidoiries pour un polar 2014.

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BIBLIO

buckaroo Marie Van Moere E-Fractions, 2014.– Petite louve, Pocket, 2015.
– Petite louve, La Manufacture de livres, 2014.
– Buckaroo – E-Fractions, 2014.

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À PARAITRE

Marie Van Moere écrit actuellement son deuxième roman qui sera publiée chez Gallimard, dans la Série Noire. Voilà ce qu’elle en dit sur son blog :

« Numéro 2 étant sur les bons rails (touch wood) , et la suite bien amorcée (en espérant être un peu plus rapide à l’avenir – quoi que, je suis « dans l’écriture, pas le bâtiment » comme m’a glissé mon éditeur chéri) je fais une pause Internet et toutes (ou presque) connexions reliées à un fil électrique. Ne bouge pas, je reviens dans un moment. Le dead train repasse toujours. » MVM
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Rencontre-Dédicace Val Mc Dermid à Quais du polar

« ELLES ONT REFUSÉ DE SE TAIRE. ELLES ONT PAYÉ LE PRIX FORT. »

Photos Florence Gay-Corajoud

Lu, dévoré plutôt, « Les suicidées », que j’ai pu me faire dédicacer à Quais du Polar. J’en ai profité pour offrir #Jenaipasportéplainte à Val Mc Dermid en lui expliquant que ma commandante Carole Jourdan est inspirée de son inspectrice-chef de police Carol Jordan… Pas simple 😉

Merci à Florence Gay-Corajoud pour les photos. Un beau souvenir !

Présentation de l’éditeur
« Une série de suicides attire l’attention du profiler Toni Hill : les défuntes sont toutes des femmes ayant revendiqué leur engagement féministe sur Internet, et elles ont toutes été victimes de cyber harcèlement. Mais ces suicides en sont-ils vraiment ? Quel genre de tueur en série chercherait à camoufler ainsi ses crimes ? Et que signifient les livres de Sylvia Plath et de Virginia Woolf retrouvés à leurs côtés ?
L’enquête s’avère vertigineuse et Toni Hill est amené à refaire équipe avec Carol Jordan, encore fragilisée par ses propres démons. Avec l’aide d’une hackeuse de génie, ils se lancent à la poursuite d’un tueur obsessionnel qui n’a plus rien à perdre.
Dans Les Suicidées, Val McDermid reforme son duo de choc et signe un polar à vous glacer le sang, aux enjeux plus contemporains que jamais. »

«Les Suicidées», des militantes en ligne de mire
Article de Lenka Horňáková-Civade dans Libération :
« Les vraies interrogations posées par le roman sont ailleurs. A travers le personnage d’un déséquilibré, écorché vif par une enfance difficile, pleine de plaies mal soignées, l’auteure nous amène à réfléchir sur la place des femmes dans la société. Celle qu’elles veulent prendre, vivre, et celle qui leur est possible. On peut élargir cette réflexion à la possibilité d’être différent, de vivre autrement et de s’exprimer. Ici, Val McDermid parle en militante, avec conviction et verve. »

Val McDermid • Les Suicidées • Traduit de l’anglais par Perrine Chambon et Arnaud Baignot. Flammarion, 416 pp., 21 €.

Babelio rencontre Val McDermid – Les suicidées
Entretien avec Val McDermid à l’occasion de la rencontre entre l’auteur et les lecteurs de Babelio.com, le 29 mars 2017 pour son roman Les suicidées.

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Personnages-polar-jenaipasporteplainte-

#Jenaipasportéplainte – Marie-Hélène Branciard – Préface de Marie Van Moere – 2016 – éditions du Poutan

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